‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 246 sur 264 · LIVRE X. — LE RÉGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE RÉGICIDE

lie la plus ignoble de la populace se précipite vers Téchafaud : des hommes, des enfants rougissent leurs armes du sang qui ruisselle ^ ceux-là y trempent leurs mains; ceux-ci en teignent leurs vêtements; d'autres veulent même que leur visage en soit marqué. Des cris d'une joie sauvage retentissent dans les airs, une ronde de cannibales s'exécute autour de l'autel du sacrifice ; un misérable y monte ' , met au bout d'une pique l'habit de la victime, et crie à ce peuple qui bouillonne, qui danse et qui hurle : « Voilà l'habit d'un tyran ! »

Aussitôt cet habit est mis en pièces. Le chapeau de la victime, resté sur la première marche de l'échafaud , est également lacéré ; mille mains s'en disputent les lambeaux : chacun veut emporter un souvenir du spectacle dont il a été témoin '.

Hélas ! de même qu'en lisant les actes du martyre de Louis XYI, oi\ comprend que la vertu humaine peut faire descendre le ciel sur la terre, on comprend aussi que la perversité humaine peut y faire monter l'enfer, lorsqu'on lit les crimes, les fiireurs et les joies hideuses de ses meurtriers.

Les témoins oculaires du sacrifice ont pu varier sur quelques détails, mais sur le fond, leur témoignage est unanime. Le descendant des Hardis , des Saints et des Forts , montra , dans cette terrible épreuve, un courage sans ostentation, une douceur sans faiblesse , et cette sérénité de visage qui vient de la sérénité de l'ame. Du reste, il faut placer sous les yeux de la postérité quelque chose de plus que les paroles d'un témoin, celles d'un acteur de ce formidable drame où il n'y a que deux acteurs, celui qui est tué et celui qui tue.

Voici la déclaration (|ue le bourreau, provoqué par un journal du temps, adressa à ce journal'. Nous la donnons

^ Il «'appelnit Ileuzc.

^ Rapport fait (Kir l'adminUtralion de police au conseil général de la Commune, dans la séance du 29 avril 1793.

5 Le Thermomètre du jour (du 13 février 1793, n» 410, p. 356) contenait

MO LOUIS XYII.

dans son intëgrilë , avec ses fautes d'orthographe. Modifier un tel document, ce serait Tallérer :

« Citoyen :

9 Un voyage d'un instant a été la cause que je n'aie pas eut l'honneur de répondre à l'iovitation que vous me faite dans votre journal au sujet de Louis Capet. Voici suivant ma promesse l'exacte véritée de ce qui c'est passé. Decendani de la voiture pour l'exécution , on lui a dit qu'il frloit oler son habit , il fit quelques difficultées en disant qu'on ponvoit l'exécuter comme il étoit. Sur la représentation que la chose étoit impossible , il a hii-méme aidé à oter son habit. Il fit encore la même difBcullée lorsquil cest agi de lui lier les mains, qu'il donna lui-même lorsque la personne qui l'accompagnoit lui eut dit que c'etoit un dernier sacrifice. Alors? il s'informa sy les tembours batteroit toujour, il lui fut repondu que Ton n'en sa voit rien. Et c'etoît la véritée. Il monta l'echaffaud. Et voulu foncer sur le devant comme voulant parler. Mats? on lui représenta que la chose etoit

l'article suivant, sous ce titre : Anecdote très-exaete sur Vexécution de Louis Capet :

•« Au moment où le condamné monta sur Téchafaud (c'est Sanson, l'cxéctiteur des hauU's œuvrer criminelle)), qui a raconté cette circonstance, et qui s*est ser^'i du mot condamné)^ je fus surpris de son assurance et de sa fermeté; mais au roulement des tambours qui interrompit sa harangue, et aa mouvement simultaiiû que firent mes garçons pour saisir le condamné, sor^ Ic-cliarap sa figure sn décomposa ; il s'écria troij* fois de suite très-précipitamment : Je suis perdu f Cette circonstance, réunie à une autre que Sanson a également racontée, savoir : que le condamné avait «copieusement soupe la veille et fortement déjr^uné le matin , nous apprend que Louis Capet avait été dans l'illusion jusqu'à l'instant précis de sa mort, et qu'il avait compté sur sa grâce. Ceuv qui l'avaient maintenu dans, cette illusion a%'aient eu sans doute pour objet de lui donner une contenance assurée qui pourrait en imposer auï spectateurs et ;i la postérité ; mais le roulement des tambours a di-^sipé le charme de cette fausse fermeté, et les ctmtemporains, ainsi que la postérité, sauront actuellement à quoi s'en tenjr sur les derniers moments du tyran condamné. *

Sanson, ayant lu cet article, réclama contre les paroles qu'on lui prêtait; et, comme le journaliste l'invitait à rectifier un récit qu'il déclarait de toute fausseté, il écrivit la lettre que nous reproduisons, et qui parut dans le Thermomètre du jeudi 21 février 1793.

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