‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 247 sur 264 · LIVRE X. — LE RÉGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE RÉGICIDE

impossible encore, il se Taissa alors conduire à l'endroit où on l'attachât. Et où il s'est ecriè très haut. Peuple, je meurs innocent. Ensuitte se retournant ver nous, il nous dit Messieur je suis innocent de tout ce dont on m'imculpe. Je souhaite que mon sang, puisse cimenter le bonheur des Fra,nçais. Voilà citoyen ses dernières et ses véritables paroles.

» L'espèce de petit débat qui se fit au pied de lécha fFaud roniloit, sur ce qu'il ne croyait pas nécessaire qu'il otat son habit et qu'on lui liât les mains. 11 fit aussi la proposition de se couper lui-même les cheveux.

» Et pour rendre homage à la véritée y il a soutenu tout cela avec un sang froid et une £ermetté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu'il avoit puisé cette fermetée dans les pi*incipes de la religion dont personne plus que lui ne paraissoit pénétrée ny persuadé.

» Vous pouvez être assuré , citoyen , que voila la veritée dans son plus gi*and jour.

» J'ay rhoimeur destre citoyen

» Votre concitoyen » Sanson. »

» Paris, ce 2(y février 1793, l'an II de la République française. »

Cet hommage rendu au martyr par l'exécuteur, à Louis XVI par Charles àSanson, peu de jours après l'immolation du 21 janvier, est un des documents les plus imposants qu'on rencontre dans l'histoire. L'homme de la guillotine, habitué à tuer et à voir mourir, s'étonna devant cette mort royale; il comprit que la force morale que déployait le Roi avait quelque chose de surhumain.

Ce ne fut pas tout : frappé lui-même du coup qu'il avait été condamné à porter, il descendit de Téchafaud plus mort que vif; et depuis, chaque fois qu'il eut à y remonter, il se sentit en proie à un saisissement indicible. Chose nouvelle

k9t LOUIS XVII.

dans ses terribles fonctions , le bourreau eut des remords, et des remords si poignants qu'ils anéantirent ses forces. Sa santë l'obligea à donner sa démission le 13 fructidor an III (30 août 1795). Le repos et les soins ne devaient point calmer une néphrétique dont les attaques étaient devenues de plus en plus fréquentes. Quelques années plus tard ,. lorsque les églises furent rendues au culte y Charles Sanson n'oublia jamais» au retour du sanglant anniversaire, de demander à su paroisse une messe expiatoire pour le repos de Tàme de Louis XYI. Ayant succombé à ses infirmités le 4 juillet 1806, son fils Henri Sanson, qui était devenu son successeur sur Téchafaud , accepta aussi son héritage devant l'autel, et tous les ans, le 21 janvier, il faisait dire une messe funèbre à laquelle assistait, en deuil , toute sa famille , au nombre de trente à quarante personnes; ainsi la première expiation du meurtre du 21 janvier vint du bourreau '.

Ne semble-t-il pas que le Ciel ait voulu qu'aucun genre de ressemblance ne manquât entre la passion royale et la passion divine? Les vêtements du Roi sont partagés après sa mort comme ceux du Christ ; cl voici que Sanson , remplissant à sa manière le rôle du centenier, se retire après le supplice en se frappant la poitrine et en répétant : Vere hic homo eratjustus !

Tout est consomme. La plus grande partie de cette multitude qui encombrait la place s'est dispersée peu k peu comme poursuivie par une sombre terreur. Chacun se retire marchant la tête baissée et retourne s'enfermer dans ses foyers avec sa famille. Là on raconte ce qui s'est passé, et les ennemis eux-mêmes n'osent se réjouir. Paris i^ste plongé

* Quand les services solennels institués en 1815 furent défendus après h révolution de juillet, la ramille Sanson, qui apparemment ignorait celte disposition, assista, comme de coutume, à sa messe traditionnelle; mais, après la cérémonie, quelques-uns de ses membres entrèrent à la sacristie, où ils se jdaiçnirent amèrement de ce que leur messe n*eiit point été dite en noir, et leurs réclamations ne cessèrent que sur Texhibition qui leur fut faite des prescriptions de Tautorité.

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