‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 248 sur 264 · LIVRE X. — LE RÉGICIDE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — LE RÉGICIDE

dans une morne stupeur; il semble que la vie est éteinte dans la cité régicide , dont toutes les maisons restent silencieuses comme si elles étaient inhabitées, ipais la plus vive agitation règne dans les esprits, dont un seul objet fixe la pensée et absorbe toutes les facultés. S'il était donné à l'œil de l'homme de pénétrer dans l'asile de chaque habitant de la grande ville, quel tableau d'effroi, de douleur, de regrets, et peut-être de remords! Que de gémissements étouffés! que de larmes muettes! Que de pères, que de mères de famille frappés d'un saisissement mortel'! Yergniaud lui-même, agité d'une fièvre ardente, l'âme oppressée et d'une voix éteinte, raconte à un de ses amis que l'image sanglante du Roi s'est, la nuit précédente, dressée devant lui comme un affreux spectre dont la tête coupée murmurait le mot de reproche et le mot de pardon.

Deux heures. — Le brouillard s'est encore épaissi , aucun magasin ne s'est ouvert. Le silence le plus lugubre règne toujours dans les rues et sur les places publiques ; il n'est interrompu, à longs intervalles, que par le passage de quelques scélérats dont les cris sanguinaires et les danses barbares célèbrent cette journée hideuse , et poursuivent de leurs rugissements quelques rares habitants qui fuient à leur approche. Les patrouilles circulent, Paris semble mort.

Déjà se répand au dehors de la ville la nouvelle du meurtre qui enlevait tant d'honneur à la République et tant de repos peut-être aux générations futures. Le deuil s'étend comme un crêpe funèbre sur toutes les provinces; le soldat fait éclater dans les camps son étonnement et sa douleur; les femmes sont saisies d'un tremblement d'horreur : immobile dans son effroi et complice par son inaction, la France

' H On a su qu'un militaire, anciennement décoré de la croix de Saint- Louijt, est mort de douleur en ap|)renant le supplice de Louis; qu'un libraire nommé Vente, ci-derant attaché aux Menus Plaisirs, en est devenu fou; qu'un perruquier de la rue Cultare-Sainte-Catberine , connu pour zélé royaliste, s'est de désespoir coupé le cou avec un rasoir.» ( Pmd'liomme , Révo^ luttons de Paris, 15« trimestre, page 203.)

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iné'içnée et honteuse a compris que Tombre sanglante de

cet ëchafend s'étendra pendant de longues années sur son

histoire.

Mais elle n'a pas sondé encore la proébndeur de Tabime que creusait pour elle en tombant cette tête <ie rail Elle n*a point compté les flots de sang knmain et les innombrables cadavres qui rouleront dans cet abîme sans le oombler. Le grand poète de TAngleterre, qui a parlé ici en grand phi* losophe et en grand politiqae. Ta dit : « La vie de qui dépendent tant de vies, celle do souverain , est pnécùeuse pour tous. La royauté ne tombe pas seule. Un crhne fait-il disparaître la majesté royale ! è la place qu'elle occupait s*oaviie un gouffre, et tout ce qui l'environne y est entraînée «

La France va en faire l'épreuve. Ce n'est pas sur le Iloi qu'elle devrait pleurer, c'est sur elle-même. Lorsque l'Homme -Dieu mourut, la nature semMa agoniser et se dissoudre. Ainsi la France, que la royauté a pétrie de ses fortes mains pendant de longs siècles, semUera agonisera son tour en face de l'échalaud du Roi. Malheur aux pervers qui l'ont jugé ! ils vont bientôt s'entre-dévorer les uns les autres. Tous ceux qui ont eu la principale part à cette saoglante iniquité portent au front un signe fatal qui les marque pour le bourreau. Les girondins, ces courtisans eflrayés des fiireurs révolutionnaires, ces régicides de l'ambition et de la peur, n'y échapperont pas. L'heure des montagnards viendra; et ils ne manqueront pas à l'appel. C'est en vaio que l'on croit avoir renversé l'échafeud de Louis XVI, il esl resté debout, il attend ses juges > et, comme un formidable aimant, il attire toute une génération à la mort. Malheur aux bras qui n'ont pas commis le crime mais qui l'ont laissé commettre! La mort du Roi va devenir le signal de la plus épouvantable tyrannie qui ait jamais flétri une nation et

* « The cease of majetty

Dies not alone; but like a (^If, dolk draw What*8 near il, with it. »

{ffamlet, acte III, scène m.)

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