LIVRE X. — LE RÉGICIDE. k
par le ciurë, empêche par maladie, de procéder aux funérailles de Louis Gapet, les deux administrateurs se rendirent au cimetière de la paroisse , situé rue d'Anjou, où ils reconnurent euxtmémes que toutes les dispositions ordonnées avaient été prises exactement ' .
Vers onxe heures , une voiture escortée d'un détachement de gendarmerie à pied s'arrêta rue d'Anjou. Un flot de peuple se précipita aussitôt dans le cimetière, .autour d'une fosse nouvellement creusée, au bord de laquelle fut déposée par la gendarmerie, en présence des deux vicaires et des deux administrateurs , une bière découverte contenant le cadavre de Louis Gapet, qu'ils reconnurent entier dans tous ses membres , la tète séparée du tronc , et placée entre ses jambes^. Les cheveux du derrière de cette tête étaient rasés. Le corps était vêtu d'une chemise, d'un gilet de piqué blanc, d'une culotte de soie grise, et de bas également de soie grise; il était sans souliers. Les prêtres psalmodièrent les vêpres et récitèrent les prières usitées pour le service des morts; et la même populace, qui, un quart d'heure auparavant, saluait de ses vociférations l'échafaud de la victime, entendit dans le plus religieux silence les prières faites pour le repos de son âme '.
Avant de descendre le corps dans la fosse, on y jeta un lit de chaux ; la bière ouverte et laissant à découvert la dépouille mortelle, fut alors descendue. Une nouvelle couche de chaux vive fut répandue sur cette bière et sur ce corps, qu'elle recouvrit entièrement. La fosse fut ensuite comblée de terre, battue à plusieurs reprises. Les délégués du pouvoir se rendirent alors à la cure, où ils dressèrent le procès-verbal, qui fiit signé d'eux, du curé et de ses deux vicaires. La foule s'écoula en silence.
Ainsi finit oette vieille monarchie française qui depuis
> Voyex auz Documents, n^ IX, le proccs-rerbal de l'inbumation. ^ Déposition de M. Danjou, ancien avocat, témoin de l'inbumation. 3 Déposition de M. Renard, vicaire de la Madeleine, qui fit l'inbumation.
huit siècles avait servi de modèle à toutes les monarchies de l'Europe, de centre à toutes les civilisations. Depuis huit siècles le Roi de France siégeait comme un père de famille au milieu des souverains du monde : les plus grands princes avaient été ses vassaux, les plus illustres avaient emprunte à son alliance leurs plus beaux apanages. La plupart des maisons régnantes avaient germé, avaient fleuri sur les racines de ce chêne antique ; et quand on l'eut arraché du sol , tout ce qui vivait de sa sève se prit à languir et s'étiola. Le coup qui avait frappé Louis XVI sur son échafaud avait ébranlé tous les trônes.