LIVRE 11. -. LES TUILEUIES
contre lesbiancSy les esclaves contre les maitres; les plantations sont la proie des flammes : le sang coule à flots.
La révolution, à Paris, n'est pas calmëe par son triomphe. La cherté des grains, la rareté des denrées se trbduisent en haines contre la royauté, dont Timpuissance demeure responsable de tout. Les rigueurs d'un hiver désastreux devien* nent une accusation contre elle : un roi honnête homme et bienfoisant est rendu justiciable des intempéries delà nature. L^ marchands de blé sont désignés k l'indignation publique sous le titre d'accapareurs : toute spéculation de commerce s'arrête devant la peur d'être accusé d'aflumer le peuple. La peur du mal aggrave le mal.
Presque constamment renfermé dans les appartements du château, on juge combien le Dauphin devait regretter Versailles, Cependant il se promenait quelquefois en voiture avec sa gouvernante. Le jeudi on l'amenait habituellement chez madame la marquise de Lède (ancienne dame d honneur de Madame Infante, duchesse de Parme), qui possédait au faubourg Saint-Oermain un bel hôtel avec un vaste jardin* Là il retrouvait des fleurs, l'air et la liberté, et aussi un ou deux enfants de son âge qui couraient et s'amusaient avec lui. Un jour, en jouant à la cachette, le Prince s'imagina de grimper par une échelle dans un grenier situé au fond du jardin ; l'échelle mal assujettie glissa, et ne fut arrêtée que par une petite barrière de buis qui entourait la platebande. L'officier chargé de ne point perdre de vue le royal enfant était à deux pas; mais ayant un seul instant détourné la tête, il ne s'était pas douté des projets du jeune espiègle, lorsque tout à coup levant les yeux , il l'aperçut sur le Jiaut de l'échelle au moment même où elle penchait. Il fut d'abord fort ému du danger que l'enfont paraissait courir; mais il se rassura bientôt en voyant le Dauphin sortir tranquillement de la position périlleuse où il se trouvait, et compter d'un air victorieux chaque échelon qu'il descendait.
La vivacité d'esprit n'excluait pas chez lui lu réflexion.
ft Souvent , rap|K>rte nadame de Tonreel , 41 me deman** dait la raison de son ohan^^ement de sîtoatîon , et me disait : « Je yms *bien qu'il y a des méchants qni foat de la peine à » papa, «et je regrette nos boos gardes du oorps, que j'aimais n bien mieux que ^ses gens-là , dont je oe ane soucie pas du 1» tout. »
n Je lui répondis que le Jioi et la Renie set*aient très4a^ chés s'il n'était pas honnête yis-à-Tis de la garde nattonale, et s'il parlait devant elle de son désir de revoir les gardes /lu corps ; qu'il fallait toujours les aimer, mais n'en parler qu'entne nous , et espérer que des temps pkis bewreux per« mettraient au Roi de les, rappeler -auprès de «a personne. « Vous avez «raison , » dit-il ; et , de ce monaent, il cessa d*en parler publiquenoenA. Sa mémoire était «dmirable, et il avait une pénétration d'esfHrit si singulière, qu'il iaisait dès Tige de 'quatre ans les réflexions les plus justes sur oe qu'il voyait et ce qu'il entendait. L'abbé d'Àvaux l'aTaît arancé à un point incroyable, trouvant toujours le moyen dé lui apprendre dans ses jeux quelque clime d'utile et d'agréable. «Ce jernie prince était extrémemeut curieux, iusant des questions sur tout ce qull voyait ; il s'apercevait tt^ès^bien si les réponses Cfaom lui fîiisaît étaient justes ou nnn , et avait même alors des reparties asses plaisantes. Un jour que je le reprenais sur quelque «chose qu'il avait dit mal à propos, une personne qui était chee moi lui dit en badinant : « le parie que uHb- » dame de Tourzel a toil, et que Monsieur le Dauphin a » toujours raison. — Monsieur, lui dit-îl eu riant, vous êtes u un flatteur, car je me suis mis en colère ce matin. »
» Il voulut faire l'essai de ce qu'il avait à attendre de moi , et voir si je saurais lui résister ; il se refusa en conséquence à quelque chose que je lui demandais^ et me dit du plus grand sang^roid : « Si vous ne faites pas ce que je veux, -je » erierai , on m'entendra de la terrasse , et qu'est-ce que l'on » dira? — Que vous êtes un méchanrt enfant. — Mais si mes •» cris me font mal? — Je vous ferai coucher et je vous met*