‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 29 sur 264 · LIVRE II. — LES TUILEUIES. ftl · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES TUILEUIES. ftl

la Beine la conduisit dans la chambre du Roi : « Ma fille , jetezvous aux pieds de votre père ; demandes-lui sa bénédiction. « Madame se prosterna : son père la releva et lui dit : « C'est du fond 'de mon cœur, ma fille , que je vous bénis, en demandant au ciel qu'il vous fusse la fprhce de bien apprécier la {p^nde action que vous allez faire. Votre cœur est innocent et pur aux yeux de Dieu ; vos vœux doivent lui être agréables. Oflîrez-les lui pour votre mère et pour moi. Demandez-lui qu'il me donne les grâces nécessaires pour faire le bonheur de ceux sur lesquels il m'a donné l'empire , et que je dois considérer comme mes enfants. Demandez-lui qu'il daigne conserver .dans ce royaume la pureté de la religion ; et souvenez-vous bien , ma fille, que cette sainte religion est la source du bonheur -et notre soutien dans les adversités de la vie. Ne croyez pas que vous en soyez h l'abri. Vous êtes bien jeune ; mais vous avez déjà vu votre père affligé plus d'une fois. Vous ne savez pas , ma fille , à quoi la Providence vous destine ; si vous resterez dans ce royaume , ou si vous irez en habiter un autre. Dans quelque lieu que la main de Dieu vous pose, souvenez-vous que vous devez édifier par vos exemples, faire le bien toutes les fois que vous en trouverez l'occasion. Mais surtout, mon enfant, soulagez les malheureux de tout votre pouvoir ; Dieu ne nous a fait naitre dans le rang où nous sommes que pour travailler à leur bonheur et les consoler dans leurs peines. Allez aux autels où vous êtes attendue, et conjurez le Dieu de miséricorde de ne vous laisser oublier jamais les avis d'un père tendre '. >•

Le Roi alors serra avec émotioîi su fille entre ses bras, et ajouta : « Priez, mon enfant, pour la France et pour nous. Les prières de l'innocence peuvent fléchir la colère céleste. »

On me pardonnera d'avoir cédé à la pieuse tentation de transcrire ces touchantes paroles : narrateur de la vie du Dauphin de France, je ne serai point appelé à redire les exhortations que son père lui eût adressées dans ce jour

1 DtrnUres années du règne de Louis XVI; 1^ édit., page IM.

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solennel de la vie des chrétiens; je me suis consolé en redisant celles qui retentirent si profondément dons le cœur de Madame Royale , sa sœur.

La jeune princesse n'y put répondre que par ses larmes ; accompagnée de madame de Tourzel, de la duchesse de Gharost , sa fille , et de madame la baronne de Mackau , elle monta en voiture pour se rendre à Té^ise Saint-Germain rAuxerrois> paroisse des Tuileries : elle arriva à Tautel avec le maintien le plus recueilli , et approcha de la saînle table avec les marques de la dévotion la plus sincère. La Reine assista incognito à cette religieuse cérémonie, qui fut de hi plus grande simplicité , et qui causa de douces émotions à la famille royale. Le Roi fit , à cette occiision , distribuer d'abondantes aumônes dans les* diverses paroisses de Paris.

Quelques jours après (le 13 avril), d'effirayantes rumeurs circulent : on parle d'un complot formé pour emporter le château de vive force. Dans la nuit, quelques coups de fusil sont tirés. Le Roi se lève et court ches la Reine ; il ne ia trouve point dans son appartement; il entre chez le Dauphin, et là , il la voit tenant ce cher enfÎEmt pressé contre son sein. « Madame, je vous cherchais , et vous m'avea bien inquiété. — Sire , répondit la Reine, j'étais à mon poste ' . »'

Ces agitations incessantes n'apportaient aucun préjudice à l'instruction réguUère, à l'éducation normale du Dauphin. On lui enseignait la religion, l'écriture, l'histoire, Tarithmé» tique, la géographie, la botanique. M. de la Rorde, ancien premier valet de chambre de Louis XV, avait préparé, pour l'étude de cette dernière science , un herbier qui excitait l'intérêt particulier du jeune Prince. On le formait en même temps aux exercices du corps, à la danse et à k paume. Aucun enfant ne se faisait remarquer dans ses jeux par plus de grâce, d'adresse et d'agilité.

Il y avait dans l'enceinte des Tuileries, à Fextrémîté de la terrasse du bord de l'eau , un petit jardin entouré d'une

^ Eckard, Mémoires historiques; 2* édic, [Mise 10^

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