‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 30 sur 264 · LIVRE II. — LES TUILERIES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES TUILERIES

claire-yoie, qui touchait à un paTÎHon habité par Tabbé d^Avaux. On pensa q»e le jeuiie prince pourrait retrouver là ce qu'il avait laissé k Versailles, et reprendre un exercice eonfenue à ses goûts et utile à' sa santé. On lui donna donc ce petit parterre, dont il s'empara avec avidité. Il y éleva des lapins, il y cultiva des fleurs. Geterrain a été depuis exhaussé au niveau de la terrasse de l'eau; mais c'est ce même jardin , ainsi changé , renouvelé , agrandi , que plus tard Napoléon consacra au roi de- Rone, Charles X au duc de Bordeaux, et Louis-Philippe au eomte de Paris! Que d'enseignements semés sur ce petit eoin de terre, si vite abandonné par ses jeunes^ propriétaires! L'un est mort dans une prison à dix ans; l'autre^ encore au berceau; a été emporté par l'ovage, et n'a vécu que pour apprendre le nom de son père et regarder, avant de mourir, son épée; le troisième et le quatrième, disparas comme les deux autres dans la tempête, traînent encore aujourd'hui leur nuNiteau d'exilés sur les chemins de l'Allemagne ou de l'Angleterre. Et ccmibien ces enfants, qui ont tant de droits à notre pitié , eurent aussi de larmes à répandre sur leurs pères! L'un mort sur l'échafaud, un autre sous le couteau d'uir assassin , un autre- foudroyé par une chute sur le. pavé d'une route; et, enfin, le plus grand par le génie, attaché comme Prométiiée snr un roeher et dévoré lentement par ses souvenirs!

Lorsqu'il se rendait à son nouveau jardin , le Prince royal était ordinairement accompagné d'un commandant de bataillon et d'un détadiement de gardes nationaux de service aux Tuileries. Depuis quelques jours il apprenait le maniement des armes, et il portait lui-même le plus habituellement l'uniforme de garde national. Il était iSer de son escorte, et son visage franc et ouvert disait na'ivement son bonheur. Quand son cortège était peu nombreux, le Prince l'invitait ix entrer avec lui dans son parterre. Un jour qu'un grand nombre l'avait suivi et était obligé de rester en dehors :

« Excusez-moi, messieurs, leur diUtI; je suis bien fikclië que mon jardin soit si petit , puisque cela me prive du plaisir de vous recevoir tous ' . • Puis il s*empressa d*ofFrir des fleurs à quiconque s'approchait de la palissade et semblait s'intéresser a ses amusements.

Un autre jour, — et ce trait montrera qu'à la Qtràce de ses manières et a la bienveillance de son naturel se joif]rnait une certaine vivacité chevaleresque qui .semblait justifier cette très-vieille devise de la maison de Bourbon, bonié et valeur j — avant de sortir du château pour se rendre a son petit jardin, il s'exerçait au maniement d'un fiisil. Au moment du départ, l'officier de la {jarde nationale de service lui dit : « Monseigneur, puisque vous allez sortir, rendez-moi votre fusil. » Le Dauphin le refusa brusquement. Madame de Tourzel l'ayant repris de cette vivacité : « Si monsieur m'eût dit de lui donner mon fusil, à la bonne heure, madame; mais le lui rendre * ! . . . »

En appi*enant la réponse de son fils, le Roi s'écria : « Toujours vif et brusque! Mais je vois avec plaisir qu'il sait-la valeur des mots et sent la propriété des termes ^. »

Il s'était formé dans Paris une compagnie de tout jeunes gens, sous le nom de régiment du Dauphin. C'était M. l'abbé Antheaume, prêtre habitué de l'égUse Saint-Eustache, qui en avait conçu l'idée et qui en avait proposé au Roi la formation. La bourgeoisie en avait Fait presque tous les (rais, et avait fourni à ce régiment presque tous ses hommes, qui étaient des enfants. Écoutons M. Antoine^ : « Je fis partie de cette petite troupe, qui fut admise plusieurs fois à manœuvrer devant le jeune Prince. Lors de notre première visite, nous le trouvâmes à son jardin, où plusieurs sei-

* Eckai*d, Mémoires historiques; 2* édit., paçe 20.

2 Eckard, Mémoires historiques; 2« édit., page 22.

3 Observation entendue par Madame Royale, et racontée plu» taird par clic à la duchcMe de Damas-Crai.

« Vie du Jeune Louis AT//, i vol. în-18; Blanchard, 1815.

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