LIVRE II. — LES TUILERIES
gneurs reiitouraient. « Voulez-vous bien être le colonel de ce régiment? lui dit l'un d'eux. — Oui, répondit le Dauphin ; j'aime beaucoup les grenadiers de mon jardin, mais j'aimerais encore mieux me voir à la tète de ceux-ci. — Alors , adieu les fleurs et les bouquets pour votre maman. — Oh! cela ne m'empêchera pas d'avoir soin de mes fleurs. Beaucoup de ces messieurs m'ont dit aussi qu'ils ont de petits jardins ; eh bien , ils aimeront la Reine à l'exemple de leur colonel 9 et maman aura tous les jours des régiments de bouquets... » Nos acclamations lui prouvaient en efiet l'amour que nous poilions à ses augustes parents. »
La plupart des enfants qui composaient ce petit bataillon étaient des enfants d'élite. Il y avait naturellement de leur part quelque déférence envers le fils du Roi ; mais le précepteur n'eût rien permis de plus, et il leur était formellement interdit de céder en rien à leur camarade. Le Roi avait dit : « Je veux bien qu'il ait des compagnons pour exciter son émulation, mais non de petits flatteurs pour lui complaire en toute chose. » Cependant cette petite troupe, qui ne formait à son origine qu'un noyau de cent cinquante à deux cents hommes^ augmentait de jour en jour. Depuis que M. Antheaume avait donné avis aux journaux de l'autorisation royale dont il était muni, beaucoup de familles s'étaient empressées de faire inscrire leurs enfants sur les contrôles du régiment imberbe , et de faire pour eux les frais de l'équipement. La tenue était en miniature l'uniforme des gardes françaises, y compris les guêtres blanches et le chapeau à trois cornes.
Il fallut discipliner cette petite armée , devenue fort nombreuse , et qui avait pris avec orgueil le nom de Royal^Dau-phin. On lui donna des chefs, désignés généralement au choix par l'âge et par Y instruction militaire. Le commandant officiel (car le Dauphin n'en avait guère que le titre) était un charmant jeune homme de dix-sept ans, dout le père était marchand de draps près de Saint-Eustache.
Nous avons retrouvé ia liste des principaux officiers :
Pesme, couunandani en chef» pointe Saint-Eustache, n** 1 4.
Denioaty commandant en second, à Tlnstitution.
L'abbé Antheaume, instituteur.
y ial , capitaine de grenadiers.
Biauchet, id.
Marcille, id.
Bougron, id.
Serin , id.
Une grande émulation s'empara des nouvelles recrues , et c'était à qui Ferait le mieux l'exercice. Deux fois par semaine, le Royal-Dauphin se réunissait chez l'abbé Antheaume , demeurant dans la petite me étroite, élargie depuis, qui joignait la rue Montmartre à la cour des messageries royales ; et, de là, tambour battant, ce qui attirait toute Tattention du voisinage, il se rendait au clos Saint^Lazare, au haut du faubourg Saint-Denis, l'abbé Antheaume en tète, et il y manœuvrait sous le commandement d'un véritable officier instructeur. Après deux heures d'exercice, ces troupes revenaient en ordre chez M. Antheaume; là, elles rompaient les rangs et rentrai«it dans leurs quartiers, je veux dire chez leurs parents.
Le 21 mai 1791 , les élèves militaires qui composaient ce petit régiment, s^étant réunis à celui des vieillards, arrivèrent pour la parade au château. Le Roi était absent « et M. le Dauphin s'était rendu à son jardin avec son escorte accoutumée , à la tête de laquelle figurait ce jour-là , comme chef de bataillon de la garde nationale, Etienne Lasne, qui devait être quatre ans plus tard son gardien à la tour du Temple. Lesenfaots entrèrent en corps aux Tuileries, et après avoir défilé devant la Reine, ils lui firent demander la permission de présenter au Dauphin un jeu de dominos, &briqué par les soins de M» Palloy ', avec un marbre noir
^ Le maître maçon Palloy avait obtenu de la ville de Paria Tentreprise de la démolition de la Bastille.