‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 36 sur 264 · LIVRE II. — LES TUILEIUES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES TUILEIUES

spérîtë, que tout eufiniôt dans la constitution ; et la France, oubliant qu'elle avait vëcu quatorze siècles, croyait qu*à partir seulement du 14 juillet 1790 elle allait vivre. Toutes les provinces sont là. Le Roi prête serment à la nouvelle constitution; d'innombrables mains se lèvent après la sienne, en témoignage de fidélité; le canon gronde, les fanfares retentissent, les acclamations se font entendre de toutes parts; la Reine, qui était placée dans la tribune au-dessus du trône, prend le Dauphin dans ses bras, et semble le présenter «n peuple, a l'armée, à la nation tout entière; l'enfaut aussi lève ses innocentes mains comme pour appeler les bénédictions de Dieu sur lu France; malgré la pluie qui ne cesse de tomber, l'enthousiasme est a son comble; et certes bien fou eiit paru le prophète qui , aux spectateurs de cette fête, h laquelle il ne manquait que le soleil, eût annoncé les calamités prêtes à fondre sur tout l'empire. Pendant le séjour des fédérés à Paris, le jardin et les cours des Tuileries retentissaient de vivat et de bénédictions; les arbres du jardin, les murs du palais étaient couverts de fidèles emblèmes et de sympathiques devises.

Madame de Tourzel raconte dans ses Mémoires le plaisir que ces représentants des provinces ovaient à voir M. le Dauphin, a II descendait, dit-elle, ix trois heures dans mon appartement, on ouvrait les fenêtres du salon qui donnaient sur la galerie, et il se présentait fréquemment au petit balcon qui était sur le perron de l'escalier par lequel on y descendait; il disait en passant un petit mot à Fuii et à l'autre, et retournait ensuite jouer dans le salon , où on pouvait facilement l'apercevoir.^

» Comme il s*amusait un jour à arracher quelques feuilles d'un lilas qui était sur le balcon , un fédéré lui demanda de les lui donner pour garder toute sa vie quelque chose qu'il tiendrait de sa main. Cette demande eut l'effet de l'électricité. Chaque fédéré voulut avoir une feuille de cet arbuste, qui, en un instant, fut dépouillé aux cris de : » Vivent le Roi, la

Reine et le Dauphin! La g^aieté du jeune Prince , sa beauté,

sa grâce, lui ga{^naient tous les cœurs.

V II allait tous les jours a cinq heures à son jardin; les fédérés demandèrent avec instance qu'il leur fût permis d'y entrer. On le leur accorda sous la condition qu'ils ne le visiteraient qu'un certain nombre à la fois, afin de ne pas le gêner dans un si petit espace, et qu'ils se renouvelleraient successivement tant que durerait sa promenade. Il leur parlait souvent, et toujours avec une naïveté si aimable qu'ils se retiraient tous enchantés. On ne se fait pas d'idée des sentiments qu'ils témoignaient pour la personne du lioi et des vœux qu'ils formaieat pour la coBservatioo de cet aimable eniant. Chaque députation témoignait le plus vif désir de voir le Roi parcourir ses provinces. — Venez, disaient au jeune Prince les fédérés dauphinois, venez dans votre province du Dauphiné : votre nom vous rend notre possession , et nous saurons bien vous défendre contre vos ennemis. — N'oubliez jamais, lui disaient les Normands, que vous avez porté le nom de notre province, et que les Normands ont été et seront toujours fidèles. Chaque fédération s'empressait de témoigner son attachement, et il était impossible de ne pas être touché de l'expression de leurs sentiments, et de l'attendrissement qu'ils éprouvaient en présence de ce jeune prince qu'ils ne pouvaient se lasser de regarder ' . »

Le Roi passa en revue , à la barrière de TÉtoile , les députations de l'armée et les fédérés eux-mêmes avant leur départ pour leurs provjuces. La Reine était en calèche découverte avec le Dauphin , Madame et Madame Elisabeth : elle parlait à ceux qui l'approchaient avec une affabilité qui lui gagna tous les cœurs.

Malgré les bonnes dispositions manifestées par ces repré* sentants nouveaux de la France, I anardiie se répandait dans le royaume. Les pouvoirs publics étaient en butte aux continuelles dénonciations des journaux ; forcé de se résigner aux*

^ Mémoirti inédits de madame de Tourxei.

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iNitruges on à la retraite, M. Necker s'éloigna des afFaires poui* ne plus y revenir. L'Assemblée nationale applaudit à la chute de cette idole renversée de son piédestal ; les provinces re{;ardèrent avec indifférence. Mesdames, tantes du Roi, se décidèrent anssi à partir et à se retirer.à Borne ; elles furent arrêtées pendant plusieurs jours à Arnay-le-Duc , faute d'un passe-port de TAssemblée : la révolution s'exerçait à mettre la main sur les personnes royales. L'autorité du Roi était chaque jour plus contestée et sa liberté plus restreinte. Mirabeau mourut, emportant avec lui^ comme il le dit lui-même, Us lambeaux de la monarchie. Dans cet ancien ennemi le Roi perdit un auxiliaire ; mais n'eùt«41 pas été impuissant pour le bien , après avoir été si puissant dans le mal? C'était le sentiment de Madame Elisabeth : « Je ne crois pas, écrivait-elle à madame de Raigecourt, son amie, que ce soit par des gens sans principes et sans mœurs que Dieu veuille nous sauver. La semaine sainte approchait. Craignant de ne pouvoir remplir à Paris les exercices de religion auxquels ces jours sont consacrés, Louis XYI manifesta l'intention de passer la quinzaine de Pâques à Saint-Gloud, alléguant le besoin de retirer l'air de la campagne, après une douloureuse indisposition dont il avait peine à se remettre. Les meneurs publiaient, dans tous les quartiers de la ville, que sous le prétexte de ce voyage étaient cachés des projets d'évasion : ils répétaient que le Roi avait quitté son confesseur ordinaire parce qu'il avait prêté serment/ Ils remuaient ainsi cette populace de Paris si peu croyante et si crédule, et celle-ci demanda à la fois que le Roi ne partît pas, que le Roi fréquentât sa paroisse et reçût la communion des mains du curé constitutionnel. — « On veut^ écrit Madame Elisabeth à son amie, forcer le Roi à renvoyer les prêtres de sa chapelle, ou à leur faire prêter le serment, et à faire ses pàques à la paroisse. Voilà la raison de l'insurrection d'hier : le voyage de Saint- Cloud en a été à peu près le prétexte. La garde a parfeitement désobéi à M. de la Fayette et à tous ses ofBciers ; heu-

reiuement il n*y a point eu de malheur. Lie Roi a parlé arec force et bonté, et s*est parfaitement montré. »

Voici comment s*élaient passés ces événements. Le Roi , devant la rumeur publique , avait renoncé à son projet ; les instances de Bailly et de la Fayette l'y avaient ramené : à onze heures du matin le Roi et la Reine montèrent en carrosse, à rissue de la messe, avec le Dauuhin, Madame, Madame Elisabeth, et madame de Tourze|( Les i^renadiers de la garde nationale , parmi lesquels on avait jeté Falarme sur le départ du Roi, se précipitèrent sur la voiture, criant, menaçant, portant la baïonnette sous le poitrail des chevaux , et déclarant qu'ils ne sortiraient pas de la cour des Tuileries. C'est en vain que Baiily et la Fayette tentèrent de leur faire sentir que leur résistance, très-répréhensible en elle-même , était de plus inconstitutionnelle. « Il serait étonnant, dit le Roi lui-^néme en mettant la tète a la portière, qu'après avoir donné la liberté à la nation , je ne fusse pas libre moi-même. » Mais les cris du peuple qui entourait le Carrousel affermirent les gardes nationaux dans leur résolution, et rien ne put les ébranler. Ils ne s'en tinrent pas là , et ils se permirent d'insulter les personnes qui environnaient la voiture du Roi, les forcèrent à s'écarter, et usèrent d'une telle violence envers M. de Duras, premier gentilhomme de la chambre , que Louis XV I fut obligé de commander à deux grenadiers fidèles de le tirer de leurs mains, en leur disant qu'ils lui en répondaient. Le Dauphin, qui ju8que4ù n'avait montré aucune frayeur, se mit à pleurer en voyant maltraiter M. d« Duras , et à crier de toutes ses forces : « Qu'on le sauve, qu'on le sauve donc!» MM. Gougenot et Massilier, officiers de la bouche, furent aussi insultés : les gardes nationaux éloignèrent d'autorité toutes les personnes de la siiite du Roi, et s'emparèrent des abords de la voiture. Voyant sa démarche infructueuse, la Fayette proposa au Roi d'employer la force pour faire sortir son carrosse, et le pria de lui donner des ordres en conséquence. « C'est à vous, mon-

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