‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 37 sur 264 · LIVRE II. — LES TUILERIES · texte numérisé non relu

LIVRE II. — LES TUILERIES

sieur, lui dit vivement Louis XVI , de voir ce que vous devez faire pour faire exécuter votre constitution. » Après de nouveaux efforts aussi vains que les premiers , la Fayette vint dire au Roi que sa sortie ne serait pas sans danger, a II faut que je rentre, » dit le prince. Et, en eflèt, après deux heures passées dans une lutte continuelle, au milieu des plus g^rossières injures, ne voulant pas mettre aux prises une partie de la garde nationale avec l'autre, Louis XVI renonça décidément au voyage, et 'rentra dans ses appartements ou plutôt dans sa prison.

Les suites de cette journée furent ce qu'elles devaient être : la porte des concessions une fois ouverte, ne se referme pas. Dès le soir, le département présenta au Roi une adresse pour lui exposer l'inquiétude du peuple de le voir entouré de prêtres réfractaires, et la crainte qu'il éprouvait que la protection qu'il leur accordait ne fut l'indice des véritables sentiments de son cœur; il pria le Roi de rassurer la nation par une démarche franche et positive, en écartant de sa personne et de M. le Dauphin tous ceux que le peuple regardait comme les ennemis de la constitution.

Le Roi , pour ne point exposer des existences qui lui sont chères, invita à s'éloigner le cardinal de Montmorency, son grand aumônier, M. de Roquelaure, évéque de Senlis, son premier aumônier, et M. de Sabran , évéque de Laon , premier aumônier delà Reine : il donna le même ordre à MNf . de Villequier et dé Sabran , ses premiers gentilshommes. Mesdames de Ghimay et de Duras, l'une dame d'honneur et l'autre dame du palais de la Reine , craignant d'être entraînées à des démarches qui répugnaient à leurs principes, donnèrent leur démission. La journée se passa en préparatifs de départ. Le pauvre petit Dauphin , qui , comme tous les enfioints, aimait le changement et s'était fiiit de beaux projets d'amusement pour le temps de son séjour à Saint-Gloud, maintenant triste de la tristesse de chacun , se voyant seul avec madame.de Tourzel et l'abbé d'Avaux, dit en soupi-

«t LOUIS XVil.

mut : « Qu*iU saut doue méchants tous ces geus-là» dé fkîre tant de peine à pa^ qui est si bon ! Je ne le dis qu'à vouâ^ mu bonne inadanie de Tourzel, que j aime de tout moit cœur, car je sais qu*il faut se taire. » Et^ serrant sa gouverrnatite dans ses petits bras, il l'embrassa teudiement. Piûs> aUant se jeter sur: un canapé, il prit \v^wr se distraire un. vokuxie de rAmi des enfanis, de Berquin. Il l'ouvrit au hasard, et, tout étonné, il so leva précipitamment,. et. porta sott. livre à l'abbé. d'Avaux, en lui disant, les larmes aur yeux : « Voyez, mon bon abbé, l'histoire qui m^e tombe aujeurdlmi sous- la main ! Le petit Prisonnier ! »

M. de la Fayette ceÉtei fais remplit dignement son devoir : dès le len^^ODÛn de cette, triste journée, il donmi sa démis^ sion de commandant général de la garde, nationale; et, sur les- instances réitérées qui lui fui-ent laites pioui* reprendre cette pUce^ il se rendit à la a^mmuue,. blâma ouTcrtement les excès commis la veiUe, et déclara qu'il maintiendrait sa* démission tant qiW: les soldats «qui s'étaient rendus coupal>les ■ ne seraient pas licenciés. La compagnie soldée de. l'Oratoire fut en conséquence dissoute et désarmée.

Le même jour le Roi se rendit dans le sein de l'Assemblée nationale*.» Messieurs, dit-^il, je. viens -au milieu de vous avec la cottfiance que je voas ai toujours^ témoignée. Vous éte& instruits de lai résistance qu'on a apportée hier à mou départ pourSaint-GUud. .Je n'ai pas voulu qu'on la fit cesser parjla foroe(,.|>aroe que j'aiicraiikt de provoquer des actes de rigueur contre une multitude trompée, et qui omit agir e:i faveur des lois lorsqu'elle les enfreint; mais.il importera la nation de jwou^er que. je sois libre.: rien n'est si essentiel pour^ l'iautoMté des sanctions « et des. acc^ptetions que j'ai doAfiées à vos,, décrets., Je pN[H*siste. donc,, par ce puissant*, motif, dans mon projet.de voyage à Saint-Gloud, et l'Assemblée* nationale en sentira la nécessité. »

Cette' démarche , qui pouvait accréditer au dedans et au . dehors -du royaume l'opinion trop fondée de la captivité du

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