LIVRE III. — VOYAGE DE VAUENNES
lui baise la main , Fuit des vœux pour le succès du voyage , qui Toccupe I)eaucoup plus (]ue les précautions que Ton prend pour la mettre en sûreté, et que toutes les persécutions qu'elle pourrait éprouver. '
Trois gardes du corps du lîoi, désignés pur M. d'Agout, avaient été invités dès le 17 juin a se munir de passe-ports, à se procurer des bahits de courrier de couleur jaune , et à se trouver le 21 juin de buit ù neuF beures du soir au château jM>ur y recevoir les ordres du Roi.
C'étaient MM. de Moustier, de Maleden et de Valory. Ces deux derniers s'étaient rendus cbez le Roi par la galei'ie du Louvre, M. de Moustier par le petit escalier qui aboutit cbez le premier valet de cbamhre du Roi. Louis XYI les fît entrer tous les trois cbez la Reine. Il fut convenu que M. de Valory monterait à cbeval et irait porter à Bondy les ordres pour les relais; M. de Moustier (ut cbargé d'aller prendre la berline dans Tbôtel où elle était placée , pour la faire atteler et conduire à la barrière Saint-Martin. Mais tous deux, d'abord, devaient s'al>oucber avec M. le, comte Axel de Fersen ' , qui les attendait sur le quai auprès du pont Royal , et pour lequel on leur avait donné le mot d'ordre. M. de Maleden demeura au cbàteau et devait servir de guide aux fugitifs. '
L'bcure du départ étant venue, le Daupbin et Madame Royale sont amenés par mesdames de Neuville et Brunier à l'entre-sol de la Reine, où se trouve également leur gouvernante. Il est à peu près onze beures et demie.
> GcniiUioinine suédoU, qui, .idiiii8, aux jours de bonheur, aux iuciiiiitéH de Tri.inon, avait voué à la Reine un culte cheval eresqoe , devenu aux jours du malheur un dévouement passionné. Venu de Stockholm pour offrir ses services, ce noble étranger, qui était colonel-propriétaire du Royal-Suédois y fut, avec M. de Bouille, le princiiial conKdent et l'agent le plus ini|)ortant de la fuite du Roi. C'était lui qui s'était char^^é de faire confectionner la voiture de voyage. M. de Fersen fut massacré, le 9,0 juin 1810, |>ar la populace de Stockholm, parce qu'on le sou|)çonnait, et bien injustement, d'avoir empoisonné le prince de HoUteîn-Augustembourg, qui, peu de temps auparavant, avait été élu Prince royal de Suède, et qui venait de mourir prescpie subitement.
9k LOUIS XVII.
En sortant du cabinet de la Reine, et après avoir descendu un escalier, on suit un corridor communiquant à une des portes de Tappartement de M. de YiUequier, où il n'y a pas de sentinelle ; la Reine conduit ses eniants par la main ; madame de Tonrzel, M. de Maleden, puis mesdames Bnuiier et de Neuville marchent derrière eux.. La porte de T.appartement est asaei lon^mps à s'ouvrir, et madame de Neuville, pour faire prendre palîence au Dauphin, assoupi h moitié, s'accroupit sur le palier et appuie sur ses genoux cette tête d'eniàut chargée de sommeil. La parte s'ouvre, la Reine, ses enfants et les trois dames qui les accompagnent descendent par l'appartement de M. de Vtllequier; nul garde, nul doœt stique ne se trouvent sur leur passage. Au bas de l'escalier est une porte peu fréquentée qui donne sur la oonr des Princes. La Reine elle-même entr*ouvre cette porte, regarde si tout est tranquille , et ne voyant personne , elle embrasse ses enfants qu'elle remet à madame de Tourscel : « Le Roi et moi, lui dit-elle en l'embrassant aussi, nous remettons eutre vos mains, avec la confiance la plus entièra, ce que nous avons de plus cher au monde; tout est prêt, partez ! » puis iAle les conduit h la voiture qui stationne dans la cour des Princes, les y fait monter, et revient au château avec M. de Maleden. Cette voiture, qui est un vieux carrosse ressemblant h un fiacre, et dont le oocher est M. de Fersen., sort de la cour des Princes, et, pour dérouter la surveillance et donner au Roi le temps d'arriver, fait une promenade sur les quais, et revient, par la rueSnint-Honoré, atteodre la.famille royale, au petit Carrousel, vis-à-vis delà maison appelée alors l'hôtel de Guaillarbois. C'était l'endroit du rendez-vous, el!e y attend trois quarts d'heure sans voir arriver personne. Pendant ce temps-là, M* de Fersen joue parfaitement. son rôle de cocher de fiacre, il siffle, il cause avec un soi-disant camarade qui se trouve là par hasard , et prend du tabac dans sa tabatière. Dans ce moment, M. de la Fayette (qui était il y a peu d'instants au coucher du Roi) passe tout auprès, daus