‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 44 sur 264 · LIVRE III. — VOÏAGE DB VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOÏAGE DB VARENNES

son carrosse, escorté de flambeaux comme de coutume. Madame Royale dit à sa gouvernante : « Voilà M. de la Fayette ! » Madame de Tourzel est dans les transes; M. de la Fayette ne voit rien ou ne reconnaît, rien; le Dauphin est blotti dans le fond de la voiture sous la robe de sa gouvernante. Deux minutes après passe aussi, daus sa voiture, M. Bailly, sortant également de chez le Roi , qui , s'étant mis à causer avec ses visiteurs, n'avait pas voulu avoir l'air pressé de se retirer.

« Aii.lx^ut d'une heure, raconte Madame Royale, je vis une femme qui tournait autour de la voiture ; j'eus peur qu'on ne nous découvrît, mais je fus rassurée eu voyant que le cocher ouvrait la portière et que c'était ma tante, v

En montant dans la voiture, Madame Elisabeth marcha par mégarde sur le Dauphin, qui, averti qu'il fallait se taire et ne pas remuer, ne laissa échapper aucune plainte.

Le Roi et la Reine tardent à arriver, ce qui iuquiète Madame Elisabeth et madame de Tourzel : elles comprennent cependant, par réflexion, que le Roi, après son entretien avec le maire et le général , a dû se déshabiller, se mettre au lit, faire une nouvelle toilette, s'aflubler d'une perruque pour se déguiser, et qu'il doit venir à pied des Tuileries pour rejoindre la voiture : tout œla exige quelque temps. Le Roi arrive eiifin.

La Reine le suivait à peu de distance , accompagnée de M* de Makden ; mais au moment où elle traversait la grande cour du CaiTOBsei, elle avait vu venir la voiture du général la Fayette, et bien qu'elle eût un cliapeau qui lui cachait la figure, elle a voulu éviter cette rencontre, et elle s'est jetée daus les rues étroites qui couvraient, à cette époque la place du Carrousel. Égarée dans ce labyrinthe et n'osant point interroger quelqu'un si près des Tuileries^ elle ne parvient qu'après de longs efforts au lieu indiqué. Qui sait l'influence que cet incident a pu avoir sur les destinées de la famille royale, de la France et de l'Europe? Le. Roi s'empresse de

faire monter la Reine dans la voiture. Il lui tëmoig^ne Tinquiétude que son retard lui a causée, et la serre dans ses bras avec l'expression de la plus vive tendresse. Chacun s'embrasse, se persuade que le plus grand obstacle est franchi» et commence a espérer que le ciel favorise ce voyage. La voiture part.

Le Roi raconte qu'après avoir été débarrassé de MM. Baiily et de la Fayette, il est sorti seul par la grande porte du château sans causer le moindre éveil ; que la précaution qu'il avait prise depuis quinze jours de faire sortir par cette même porte M. le chevalier de Coigny, dont la tournure était semblable à la sienne, avait (ait prendre le change aux factionnaires, et que su sécurité était si complète à cet égard, que son soulier s'étant défait au moment où il passait la porte, il l'avait remis sans que ])ersonne y fit attention.

On gagne la nouvelle barrière du fauboiu*g Saint-Martin; là, on rencontre une noce, une auberge étincelante de lumières, du monde à ses portes, de la musique dans l'intérieur, et les silhouettes des danseurs qui se dessinent sur les rideaux blancs. Mais la voiture ])asse sans difficulté et arrive à quelque distance dé la barriènr de Clichy, où doit se trouver la berline de voyage préparée par les soins de M. de Fersen. Elle y était en effet, attelée de cinq chevaux vigoureux, et elle attendait depuis deux heures. Trois hommes, dont l'un était monté sur un cheval anglais, l'y avaient conduite; c'étaient MM. de Valory et de Moustier, tous deux cachés sous des habits de livrée, et enfin le cocher de M. de Fersen , qui se nommait Balthasar Sapel ' .

Cette attente commençait à faire réfléchir Balthasar, qui , croyant être avec des gens de son état, leur dit : « Quels sont vos maîtres, camarades? ils paraissent bien riches. » A quoi l'un des deux répondit : a Camarade, on %'ous l'apprendra. » Balthasar voulut mettre la conversation sur un autre sujet, mais ses questions expirèrent devant des réponses si laconi-

1 Voyez aux Notes et Documenta n9 III leê dépositions du cocher.

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