‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 45 sur 264 · LIVRE lU. — VOYAGE DE VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE lU. — VOYAGE DE VARENNES

ques, qu'elles indiquaient un parti pris de silence ; la conversation tomba. L*un des deux gardes du corps» M. de Valory, celui qui était à cheval , partit pour Bondy ; dès ce moment, on continua d'attendre sans échanger une parole.

On était dans la nuit la plus courte de Tannée, celle du 20 au 21 juin; le jour commençait à poindre, il était un peu plus de deux heures du matin , lorsqu'une voiture arriva à grand train. On rapproche les deux voitures de portière à portière, et les personnes que cette seconde voiture contient passent dans la première. M. de Fersen referme les deux portières; il abandonne sur l'un des côtés de la route la voiture qui vient d'amener la famille royale , et qu'il a soin de faire verser pour éloigner les soupçons ; les chevaux sont en outre abattus dans un fossé, de manière qu'on ne puisse facilement les relever. Immédiatement après, M. de Fersen monte sur le siège de l'autre voiture, à côté de M. de Moustier, qui y était déjà, et il dit à son cocher qui conduisait en postillon : « Allons, hardi ! menez vite. »

On se met en route. Voici comment les rôles avaient été distribués :

Madame de Tourzel , sous le nom de madame la baronne de KorfF (une dame russe de ce nom, qui se disposait à quitter Poris avec sa famille et une suite nombreuse, avait, sur la demande du comte de Fersen, mis son passe-port à la disposition du Roi ').

Ce titre de baronne courlandaise , ce nom de Francfort, ville h laquelle le peuple prête les équipages les plus riches et les plus bizarres, palliaient un peu ce que le cortège royal avait d'étrange et de suspect.

J'ai dit : Madame de Tourzel, madame la] baronne de Kor/fi

Madame Royale et M. le Dauphin, ses filles, sous le nom d* Amélie et sous le nom d'Aglaé;

< Nous en donnons ici le fac^shniie,

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Marie- Antoinette, goayemante de ses enfants, sous le nom de madame EochH;

Madame ÉUaabeth, bonne des enfants, sous le nom de RosaUe;

Louis XVI, Talet de chambre, sons le nom de Durand.

Les trois gardes du corps :

M. de Maleden, domestique, sous le nom de Saint-Jean y tantôt assis sur le siège de derrière de la Toiture, tantôt la suivant à cheval ;

M. de Moustier, domestique, sous le nom de Melchior, assis sur le siège de devant ;

Et M. de Valory, courrier, sous le nom de François.

La Reine avait une robe brune en forme de tunique; elle avait pour ooîflbra un chapeau noir à la chinoise , garni d'une longue dentelle serVant de voile.

Le Roi avait un habit vert foncé avec boutona de nacre de perles, une veste de satin blanc brodée, des culottes de drap de soie noire et des bas de soie blancs. Il avait à ses souliers des boucles d'argent ovales , ses cheveux étaient enfermés dans une bourse de taffietas noir.

M. de Fersen à chaque instant faisait claquer un fouet, en criant au cocher : « Allez , Balthasar ! vos chevaux ne sont pas bien en haleine; ailes meilleur train ! Les chevaux auront le temps de se reposer au régiment. » L'attelage dévorait l'espace; mais cette vitesse paraissait encore trop lente à Timpatienoe prévoyante de M. de Fersen , qui sentait les immenses périls qui se pressaient derrière la famille royale. En une demi^heure on fot à Bondy; on avait plutôt volé que couru. Un relais de six chevaux de poste avait été préparé par les soins de M. de Valory, qui était reparti pour aller prendre les mêmes précautions à Glaye. Ce fat à Bondy que M. de Fersen prit congé du Roi, qui lui témoigna sa recon-* naissance de la manière la plus affectueuse. Il rentra dans Paris, d^où il repartit le même jour pour Bruxelles.

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