‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 48 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. iOl · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. iOl

un incident qui se rattache à la fatalité qui pesa sur tout ce voyage, «t que les anciens auraient pris pour un augure. « Les quatre premiers chevaux , quoique vigoureux , s'abat» tirent deux fois quand on voulut les faire partir, et cela avant d'avoir fait un seul pas, et avec un ensemble si extraordinaire qu'on aurait dit que la foudre les avait frappés tous à la fois. Ils s'embarrassèrent tellement dans leurs harnais, que l'on fot obligé de les dételer pour les faire relever ' . »

La famille royale veut espérer qu'à Orbeval , qui est la poste suivante, va se trouver l'escorte promise. Mais cette attente est trompée : les appréhensions qu'on essayait de combattre deviennent sérieuses, et elles s'aggravent encore en arrivant à Sainte-Menehould.

M. de Ghoiseul , dans la crainte d'exciter dans cette ville la même attention et les mêmes mouvements qui s'étaient manifestés a Chàlons, avait fait prendre à sa troupe des chemins de traverse, afin d'éviter de passer par la ville; on ne le rencontra donc pas sur la grande route , et l'on arriva à Sainte-Menehould, où une escorte de dragons devait encore attendre le Roi; mais l'officier qui les commandait, le capitaine d'Andoins, avait été obligé d'aller à l'hôtel de ville pour rendre compte de ces monvemients de troupes qui effrayaient la population malveillante, et il avait été un moment presque prisonnier. Sa troupe était sans armes et en habit d'écurie. Gomme on relayait, le capitaine d'Andoins arrive , s'approche un moment de la voiture et dit tout bas : « Les mesures sont mal prises, et je m'éloigne pour ne donner aucun soupçon. » Puis, passant près de M. deMoustier sans s'arrêter ni le regarder, il lui dit à demi-voix et de manière à n'être pas entendu des spectateurs : « Partez, pressez-vous; vous êtes perdus si vous ne vous hâtez. »

Ce fat à ce relais que le Roi , inquiet de ne voir s'accomplir aucune des mesures annoncées, mit fréquemment la

1 ile/alicm du voyage de S. M. Louis XVI, par le comte de Moustier. — Paris, ReDaa<lière,^i8i5, pa^e 9.

léte h la portière, et Ait aperçu par Drouet ', maftre de poste. Cet homme, bien qu'il eût vu Louis XVI à la fédération l'année précédente, ne le reconnut pas d*al)ord. Mais la présence du capitaine d'Andoins et de ses dragons éveilla ses soupçons : il prit un assignat où Tefi^ie du Rai était fort ressemblante, et il compara les deux figures; la Reine s'aperçut de ce mouvement, et en conçut quelque frayeur; mais la voiture partit tout aussitôt, et en s'éloignant calma un peu les inquiétudes.

Drouet donna l'éveil aux officiers municipaux de Sainte- Menehould; ils se réunirent à la maison commune, et tous les habitants prirent les armes. Au moment même, — il était sept heures un quart du soir, — un exprès du directoire du départemoit de la Marne arrivait de Cbàlons, et apportait la nouvelle officielle du départ du Roi. Alors il itit décidé que Drouet se mettrait à la poursuite des fugitife , et les ferait arrêter s'il parvenait à les atteindre.

Il monta à cheval et suivit les voitures, accompagné de Guillaume, fils de l'aubergiste du Grand^Cerf, qui avait servi huit ans dans le régiment des dragons de la Reine, incapable d'agir de son propre mouvement, mais entraîné par l'ascendant de Drouet.

M. Charles de Damas s'était rendu à Glermont la veille au soir, à la tête d'im détachement de dragons. 11 avait ordre de monter à cheval le 31 juin à cinq heures du soir, et la voiture de la famille royale une fois passée, de se rabattre sur Yarennes. Il suivit cet ordre et resta à cheval avec sa troupe jusqu'à la nuit; mais alors il fait desseller et sonner la retraite. Il était neuf heures et demie; la voiture arrive précisément en ce moment et continue sa route. M. de Damas, qui la voit passer, envoie les sous-K>fficiers chercher ses cavaliers à domicile. La ville s'ém^it, la munieipalité s'agite, des pourparlers s'engagent, la discussion s'enve- ^nime; M. de Damas fait sonner le boute-selle, la munici-

1 II était né en 1763 , et par conséquent il avait viagfr-hait i

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