LIVRE III. — VOYAG£ DE VARENNES
palitë fouit battre la i^énërale. Placés entre la municipalité et kvs officiers, k& dragons désobéissent à ceux-ci^ M. de Damas n a que ktilemps de fuir.
La voiture du Roi avait à peine relayé à dernKuity que Drouet y arrive kii-oiénie ; il y prend un cheval frais pour continuer sa poursuite. La voiture royale s'est déjà remifle en route avec son courrier en avant et son espion en arrière, M. de Damas y à Tinstant où Drouet .repart, envoie un maréchal des logis à la poursuite de celui^. (Ce sou»* officier s'appelait Lagacbe, et devint, en émigration, capitaine de Ghoiseulrhussards : dans cette relation détaillée, je tâche de n'omettre aucun nom comme aucune cii^con^ stance.) Lagache eat sur le point d'atteindre Dnouet, lorsque celui-ci se jette dans le bois à gauche de. la grande route, et disparait, à la faveur de la nuit, dans les chemins de tra^ verse qu'il connaît aeul, et qui le conduisent à Varennes avant le Aoi, vers onze heures un quart du isoir. Il «n'avait pas eu de peine à le devancer : Louis XYI avait remarqué, sur la route de Glermont à Varennes, l'obstination des postillons à ne faire marcher feurs chevaux qu'au pas dans le plus beau chemin du monde, en dépit des inâtances et des promesses.
La famille royale arrive à Varennes vers onze heures et demie. Il n'y avaitpoint de poste dansoette petite ville isolée au milieu des terres; mais la maison où doivent se trouver les relais a été si bien indiquée à Louis XVI qu'il la reconnaît très-aisément; il y frappe lui-même pour demander ses chevaux; on ne sait ce qu'il veut dire. £fiFectivement, de nouveaux malentendus et les mêmes inquiétudes partout éveillées ont arrêté les relais dans une auberge de l'autre côté de l'Aire. Chose difficile à comprendre , le Roi n'a poiilt été prévenu de jce changement. Les trois gardea du corps s'informent en vain, aux portes des maisons où ils voient des lumières, du lieu où les chevaux peuvent avoir été placé/. La Reine met aussi pied à terre,, et marche ovec le Roi,
espérant que le hasard lui fera rencontrer quelqu'un qui pourra les renseigner; c'est en vain. Toutes ces recherches font perdre un temps précieux dont Drouet profite. Les voyageurs remontent alors dans la berline, demandant aux postillons de passer outre; mais les postillons disent que leurs chevaux sont fatigués, et qu'ils ne peuvent aller plus loin.
Pendant cette contestation qui se prolonge, M. de Moustier entre dans une maison située sur la droite de la route, et dont la porte entr' ouverte se referme immédiatement sur lui : là, il se trouve en fece d'un homme ' en robe de chambre, 'qui lui demande d'un ton ferme ce qu'il veut. — « Vous prier, répond-iU de m'indiquer le chemin pour sortir de la ville du côté de Stenay. — Je le ferais bien , réplique l'in.connu, mais je serais perdu si on venait à le savoir. » M. de. Moustier lui feisant observer qu'il est trop honnête pour ne pas s'empresser d'obliger une dame : — « Nous savons bien ce que c'est, répond-il, ce n'est point une dame. » M. de Moustier rompt brusquement cet entretien, dont il vient rendre compte au Roi. — « Priez cet homme de venir me parier, » lui dit ce prince. M. de Moustier retourne vers lui,, et lui dit : — « Ma maîtresse m'a chargé de vous prier de venir lui parler. » Celui-ci se rend à la voiture , et cela sans souliers afin de feire moins de bruit. Il monte à la portière, et après avoir causé un moment avec les voyageurs , il conduit M. de Moustier chez le commandant du détachement des hussards de Lauzun , qui était logé au couvent des Cordeliers. Cet officier n'était pas à son poste; on n'y trouve qu'un hussard qui dit avoir reçu l'ordre de le joindre avec son porte-manteau si à une heure du matin il ne parait pas à Yarennes.
M. de Moustier rejoint la berline. Sur les instances de la Reine, les postillons consentent enfin à traverser la ville. Les
^ Il M nommait PréfonUine; il était major de cayalerie el ckoTalier de Saint-LouM. Relation de M. de Moustier, page 10.