‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 50 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VAREÎNNES. i · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VAREÎNNES. i

voyageurs se croient sauvés : ils n'attribuent cet accident qu'à un malentendu, et se voient déjà en espoir au milieu des troupes fidèles de M. de Bouille. '

Pour bien se rendre compte des événements qui vont suivre, il faut se faire une idée exacte de la situation de la petite yille de Varennes, qui, depuis l'époque où ces événements se sont passés, a subi de grands changements. Varennes en Argonne est bâtie sur une pente; il y a donc une ville haute et une ville basse, on plutôt deux quartiers séparés par l'Aire et unis par un pont. A cette époque, en arrivant à Varennes, pour entrer dans la ville, au lieu de traverser comme aujourd'hui une belle place, on enfilait une rue qui conduisait à une voûte fermée à volonté par deux battants. Cette voûte séparait un clocher qui subsiste encore d'une église depuis abattue, et au clocher était adossée la petite auberge du Bras d'or, tenue par une famille nommée Leblanc ; la voûte ressemblait au guichet d'une ville de guerre; l'auberge était le corps de garde du guichet. En sortant de la voûte se trouvait le pont sur lequel on passe l'Aire. C'est dans cet endroit que Drouet avait dressé l'embuscade qui devait arrêter la marche du Roi. L'aubergiste du Bras d'or, qui était en même temps officier de la garde nationale, éveillé par Drouet, courut chez M. Sauce, procureur de la commune; puis, s'armant avec son frère, et requérant un poste de la garde nationale, il se plaça à l'entrée de la voûte. Sauce avertit l'officier municipal représentant le maire, M. Georges, député du Clermontois à l'Assemblée nationale, et fit réveiller tous les autres officiers municipaux. On se hâte d'envoyer des émissaires dans les communes environnantes. Georges fils, capitaine de grenadiers, prend le commandement du poste, tandis que les enfants de Sauce vont , sur les ordres de leur père , courir la ville en criant au feu, et que Drouet, accompagné de Régnier, juge au tribunal, de Mangin, chirurgien, de Leblanc, auber* giste, et d'un nommé Poncin , conduit une voiture chargée qu'ils placent en travers du pont pour en intercepter le pas-

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sage. Tous ces prépuratifis étaient adbevés quand se fit entendre le bruit de la berline attendue.

' Déjà la voiture qui la précédait et qu'occupaient mesdames Brunier et de Neuville, avait été arrêtée au moment où elle passait devant la maison de M. Sauce. La berline avait traversé sans obstacle la ville haute, dont presque toutâ les maisons étaient fiermées et silencieuses. Mais au moment où elle arrive sous la voûte sombre de la tour qui s'élève à l'entrée du pont, les chevaux, effrayés .par une grosse charrette renversée et par d'autres obstacles jetés devant leurs pas, s'arrêtent brusquement; et aussitôt ces cris se font entendre de tous côtés : Arrête! arrête l cris poussés ii la fois par une dizaine d'hommes armés qui sortent des ténèbres, se précipitent à la tête des chevaux, s'emparent des postillons, s'élancent aux portières et demandent aux voyageurs qui ils sont. « Madame de KorfFet sa famille ! — C'est possible, dit une voix, mais il faut nous le prouver. ».

On montre le passe-port, et quoiqu'il soit en bonne forme, on fait toutes sortes de difficultés, pour laisser le temps aux patriotesde la ville et des environs de se rassembler. Un-ofiicier s'approche du Roi, lui dit tout bas qu'il y a un gué, et lui offre de le foire passer ; mais le Boi qui voit à chaque instant augmenter le nombre et l'exaspération de ceux qui entourent sa voiture, craint d'occasionner un massacre en pure perte en donnant l'ordre que demande cet officier, et lui recommande seulement de presser M. de Bouille de le tirer de sa cruelle situation.

Au premier cri, à la première lueur des fosils et des sabres, les gardes du corps s'étaient levés de leur siège et avaient porté la main sur leurs armes cachées, sollicitant d'un regard l'autorisation d'en faire usage. Louis XYI leur défond d'employer la force. Les fosils restent braqués sur la voiture. Drouet prend une lumière , la met sous la figure du Roi , et lui enjoint, sans le nommer, de descendre chez le procureur de la comouine, lui promettant, s'il est en r^le, après l'exa-

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