LIVRE III. — VOYAGB DE VARENNES
nien des «gnatuffes, de le laisser partir, lui, les femmes, les enfaots et les domestiques. Espérant encore n'être pas re* connu, Louis XYI descend, et sa famille le suit.
▲u moment où la fiimille royale traverse la rue, elle aperçoii quelques hussards ; c'étaient ceux que M. de Cboiseul ramenait par des chemins de traverse de Pont^de-Sommù^ Yesle; M. de Gogpielat paratt au même instant. La garde nati<male, déjà nombreuse dans les rues et occupée à ftiire des barricades, ne les laissa passer que lorsque la gendarmerie nationale les eut reconnus, et encore prit-elle ses mesures pour les tenir en respect. L'activité de Drouet avait produit son effet; le tocsin sonnait, la générale battait ; on barrait les avenues; d^ les villages environnants s'ébranlaient, et les villes que le Aoi avait laissées derrière lui se mettaient en mouvement à la nouvdle de son évasion : Varennes tout entier ^tait sur pied. La maison du procureur de la commune où la fiunille royale fut conduite, consistait, au premier étage, en deux chambres, auxquelles on arrivait par un escalier tournant; l'une de ces chambres donnait sur k rue, l'autre sur le jardin. C'est dans cette dernière que l'on fit entrer Louis XVl ; du reste, les deux pièces communiquaient, et de la première on pouvait voir tout ce qui se passait dans la rue. C'est ainsi qu'à la lueur des lanternes la famille royale aperçoit, à travers les vitres, la foule qui grossit de minute en minute. Sauce, dans les premiers moments, feignant de prendre pour de simples étrangers les augustes voya* genrs qu'on lui amène, leur avait fait <£serverque leurs che* vaux ne pouvaient plus marcher, et les avait priés de se repo^ ser chez lui et d'y attendre les nouveaux relais.
Croyant avoir pris toutes les précautions que nécessite l'arrestation du Boi , le procureur de la commune et Drouet se permirent d'adresser au malheureux Louis XVI de cruels reproches sur l'intention qu'ils lui supposaient de fuir à l'étranger pour faire la guerre à son peuple. Le royal fugitif veut nier encore l'identité de sa personne; il réclame avec
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force la liberté assurée à tous les yoyageurs; mais Sauce, Detetz et Mangin ayant déclaré qu'ils reconnaissaient parfaitement le Prince et sa femille : « Eh bien , s'écrie la Reine restée muette jusqu'alors, si vous le reconnaissez pour votre Roi, respectez-le donc ! » Ce mot rend à Louis XVI ce caractère de franchise qu'il avait eu tant de peine à contraindre : il expose ouvertement les motifs et le but de son voyage, ses projets, son ardent désir de connaître les vrais besoins de son peuple, objet constant de ses affections, et au bonheur duquel il veut tout immoler; il proteste contre la pensée qu'on lui prête de vouloir se rendre au milieu des étrangers, et propose de se confier à la garde uiitionale de Varennes , qui le conduira elle-même à Montmédy ou dans telle autre ville du . royaume dans laquelle sa liberté serait assurée. L'accent paternel de Louis XYI, ses paroles si empreintes de bonté et de sincérité imposent un moment silence à cette assemblée de curieux et d'ennemis, qui ne[>euty rester insensible. Sauce s'ébranle et s'attendrit; le Roi était sauvé si son salut n'eût dépendu que de cet homme ; mais Drouet ne lâche point sa proie; il s'agite, il pérore, il déclare qu'il y va de sa tête et de celle de tous les assistants si le Roi ne reprend pas la route de Paris.
Dans ce moment il se passa un fait grave qui décida du sort du Roi. Un certain nombre de hussards, on l'a vu, avaient pénétré dans la ville ; MM. de Choiseul, de Goguelat, de Damas y étaient entrés. Ces trois chef^ militaires arrivèrent , non sans beaucoup d'efforts et sans avoir longtemps parlementé , auprès du Roi ; la ville était alors commandée militairenient par un ancien maréchal de camp, M. de Signemont. M. d'Eslon, chef d'escadron de hussards, averti à Dun de la situation du Roi«, était accouru à la tête de sa troupe vers Yarennea, où il avait été introduit de sa personne, mais à la condition de laisser de l'autre côté de l'Aire, qui n'était pas guéabie , les soixante-seize cavaliers qu'il conduisait. On voit dans les documents contemporains que