‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 53 sur 264 · LIVRE m. — VOYAGE DE VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — VOYAGE DE VARENNES

combre la petite ville à laqudle cette nuit fiaitale vient de donner un nom dans l'histoire. L'impitoyable volonté de Drouet l'emporte.

De six à sept heures, Romeuf , aide de camp de la Fayette, arrive de Paris, porteur d'un décret de l'Assemblée, qui, rendu sur le premier avis de l'évasion , et après lecture de la déclaration laissée au départ, ordonnait qu'on ramen&t à Paris le Roi fugitif, en quelque lieu qu'il fiât atteint.

M. de Romeof, eiïrayé de la mission qu'il avait acceptée pour couvrir son général devenu suspect de connivence et mis en péril par la fuite du Roi , avait trouvé à Glermont M. Bayou, officier de la garde nationale de Paris, envoyé quatre heures avant lui sur la m^ne route par Bailly, et ils avaient continué leur voyage ensemble. M. Bayon entre seul dans la pièce de derrière où se trouvait le Roi; sa figure naturellement sombre avait pris par la fatigue et sous le coup des sentiments qui l'agitaient, une teinte plus rembrunie; les cheveux et les vêtements en désordre, la physionomie profondément troublée , il jette en entrant des paroles d'une voix haletante et saccadée : « Sire , vous savez. . . tout Paris s égorge peut-être... nos fSemmes, nos enftmts sont peut-être massacrés.... Vous n'irez pas plus loin — Sire, l'intérêt de l'État... Oui, Sire.... nos femmes !.. . nos enfants! »

A ces mots , la Reine lui saisissant la main par un mouve* ment énergique et lui montrant le Dauphin et Madame, qui, épuisés de fiitigue, étaient couchés et assoupis sur le lit de M. Sauce : « Ne suis-je ^s mère aussi? » lui dit-elle.

« Enfin, que voulez- vous? demanda le Roi.

— Sire , un décret de l'Assemblée ! . . . .

— Où est-il?

— Mon camarade le tient. »

En achevant ces paroles, il entr'ouvrit la porte et Ton aperçut M. de Romeuf appuyé sur la fenêtre de la première chambre dans le plus grand désordre , le visage couvert de larmes ; il avance les yeux baissés tenant un papier à la main.

fit LOUIS XVII.

Le Roi lui arrache le papier plutôt qu'il ne le reçoit, k lit rapidement et s*écrie : « Il n'y a plus de roi en France. » Après le Roi, la Reine le parcourt; le Roi le reprend ensuite, le relit, et le pose sur le lit où étaient ses enfants; la Reine le repousse du lit avec impétuosité , en s'écriant : « Je ne veux pas qu'il souille mes enfants ! » Il s'éleva alors un mouvement' parmi les municipaux et les habitants présents, comme si l'on venait de profaner une chose sainte. M. de Choiseul se hâta de ramasser le décret et le posa sur la table '.

« Sire, dit alors Rayon un peu remis de sa première émotion, prenez bien garde d'exciter l'inquiétude par un séjour trop long dans cette ville. C'est au nom du salut de la famille royale que j'ose supplier le Roi de se remettre en route. — Mes enfants ont besoin de repos, répond Louis XVI, et je ne puis songer à partir immédiatement. — Quoique Votre Majesté se méprenne sur le sentiment qui m'a fait accepter la .mission dont je suis chargé, et qui n'a eu d'autre mobile que l'espoir de lui être utile, je vais faire mon possible pour engager cette multitude à inspecter le sommeil de Monseigneur le Dauphin et de Madame. »

Si ces paroles ne manquaient pas de sincérité , elles manquèrent du moins d'influence. La nuit, qui s'était passée dans une agitation toujours croissante, s'achevait dans une angoisse cruelle. Dès le début, peut-être, quelques soldats, sous la main d'un chef déterminé, auraient pu sauver le Roi et sa famille. Mais de minute en minute cette chance avait diminué : une populace innombrable , dominée par la fièvre révolutionnaire et par la peur, devait prévaloir contre une malheureuse famille luttant seule contre une mesure qui allait la livrer, de nouveau à la servitude et à l'outrage. L'effervescence du dehors augmentait à mesure que grossissait la multitude , et que les nouvelles les plus invraisemblables étaient débitées pour surexciter tout ensemble la

^ Relation da duc de Cboiseul.

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