‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 54 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES

fureur et Tépouvante. Des cris s'élèvent pour précipiter le départ du Roi; les chevaux sont mis à sa voiture.

On réveille les enfants. La jeune Aglaé, redevenue, le Dauphin, est l'objet d'une attention particulière; les uns s'extasient sur sa beauté , les autres lui font, sur leur départ des Tuileries , des questions auxquelles répond à peine l'enfont encore somnolent, et dont les yeux, en se rouvrant, cherchent les yeux de sa mère et tâchent d'y lire l'explication de tout ce qui se passe. — « 0 Charles, lui dit tout bas sa sœur, tu te trompais bien , ce n'est pas une comédie! — Je le vois depuis longtemps, » répondit-il sur le même ton.

Cependant le peuple, excité par Drouet et quelques municipaux, presse le départ du Roi avec une rage qui tient du délire. Les clameurs redoublent à chaque instant, des menaces s'y mêlent ; plusieurs de ces hommes furieux veulent forcer l'entrée de la maison , pour enlever le Roi de vive force. On distingue au milieu des clameurs ces paroles : « Nous le traînerons, s'il le faut, jusqu'à sa voiture. » Le Roi se présente à la fenêtre pour les calmer; mais tout est inutile. Pourtant la famille royale lutte encore, car chaque minute que gagnent les captifs leur semble une chance de délivrance. L'heure fatale arrive. L'une des femmes de chambre qui accompagnaient la Reine se trouve mal; Marie- Antoinette refuse de partir sans elle. La famille royale, comme le noyé qui va périr, se rattachait à toutes les branches. On fait venir un médecin , qui administre les secours nécessaires, et les sollicitations deviennent plus impérieuses. Le Roi, qui avait jusque-là continué à parler de Montmédy, comprend qu'il ne peut résister plus longtemps à une insistance qui va aboutir à des actes de violence matérielle ; il demande d'être seul un instant avec sa famille , et , après quelques minutes d'une douloureuse conférence, il cède et déclare qu'il est prêt à partir.

La royale mère prend son fils dans ses bras et le porte elle-même dans la voiture.

Le Roi embrasse MM. de Cboîseul, de Damas et de Florac, qui ne Tavaient point quitté depuis leur arrivée, et les recommande aux autorités de Varennes; mais à peine est41 monté en Tiûture qu'il entend des cris qui demandent leur arrestation. Il est s^ heures et demie du matin; on se met en route.

Quelq^ies minutes s'étaient à peine écoulées, qu'un détachement considérable de troiq^s oouromia les hautears qui dominent la ville du côté de Verdun. Il y eut un moment de terreiu* à Vareones. C'était M. de BouiUé fils qui arrivait avec kl cavalerie qu'il était allé chercher à Dun. Il fit sonder la rivière de l'Aire, dans l'iatefition de fiure passer sa cavalerie à {pié, pour aller attaquer le front même de l'armée de cinq à six nulle hommes qui eounenait le Roi, et la placer entre ses troupes et celles de son père , qui , aveili de t'inuninence du péril, ne pouvait tarder à paraître. Le passage éta it Im pi aticahle, et cette dernière chance de sakit échappa. Le général de. Bouille, qui arrivait à toute bride à la tète du Royal-Allemand , apprit par les hussiirds de Lauzun , avant d'être parvenu à Mouzay, que le Roi avait quitté Varennes et qu'il était trop tard, et il rebroussa chemin , la mort dans l'âme, avec sa troupe tout à l'heure électrisée, maintenant désespérée.

Le convoi royal était déjà loin de Varennes. Au moment où il avait quitté la ville , on avait mis en état d'arrestation MM. de Cboiseul, de Damas et même de Romeuf, quoiqu'il fût aide de camp de M. de Lafayette et porteur du décret de l'Assemblée nationale. Le Roi est captif avec sa famille dans la même voiture qui devait le conduire à la liberté. Les chevaux, qu'on avait d'abord lancés avec la plus grande vigueur, afin de s'éloigner le plus promptement possible des troupes dont on redoutait l'arrivée, vont maintenant au pas, précédés ou entourés d'une population animée , toujours hostile, souvent furieuse. On poursuit d'invectives ceux que l'on suppose aristocrates, on maltraite ceux qu'on appelle nobles;

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