LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. H
et Guillaume , les triomphateurs de cette journée , passent à cheval, se rendant à Paris.
A Pont-de-Somme-Vesle, un garde national de l'escorte se présente devant le Roi avec la croix de Saint*Louis sur son uniforme. Le Roi, qui remarque cette décoration, lui demande quelle action la lui a méritée, « Cette croix est celle de l'aristocrate Dampierre, répond le garde national ; je m'en suis emparé quand il a été abattu. »
La famille royale arriva dans la nuit à Chàlons ; elle mit pied à terre dans la cour de l'hôtel de l'Intendance , au milieu d'une garde nationale nombreuse, muette, mais en apparence sympathique. Les habitants de Chàlons voyaient avec peine la déplorable situation de la famille royale : leur attitude respectueuse, la tristesse empreinte sur leurs visages, tout semblait manifester les sentiments qu'ils n'osaient exprimer. Les adresse^ des autorités constituées furent convenables. Quelques témoignages d'un bienveillant intérêt leur furent offerts. Le lieutenant de la maréchaussée demanda à la Reine la permission de faire présenter par ses enfants une corbeille de fleurs à M. le Dauphin et à Madame Royale : ce qui produisit une scène touchante.
Madame de Tourzel raconte que la famille royale fut entourée, ù l'ancienne Intendance, de tous les égards dus à la majesté royale. « C'était, dit-elle, cette même maison où la Reine, en arrivant en France, avait été reçue avec tant de pompe , et au milieu des acclamations et des cris répétés de Vive le Roi ! vive Madame la Dauphine! Il existait encore des personnes qui avaient été témoins de cette réception , et qui fondaient en larmes en considérant le contraste de la situation actuelle. La Reine le soutint avec son caractère ordinaire, et éprouva même un peu de consolation des sentiments qui lui lurent exprimés dans cette ville. Des jeunes filles lui apportèrent des fleurs, plusieurs d'entre elles s'empressaient de la servir, et tout ce qui était autour d'elle témoignait le vif intérêt qu'il prenait à ses malheurs. Les autorités de la ville
témoigfoèrent secrètemeut au Roi lu peine qu'elles ressentaient de ne pouvoir le délivrer. Quelques personnes lui offrirent même de le sauvcY pendant la nuit , maïs lut seul , plus de monde pouvant le faire reconnaître; et ellea lui montrèrent un escalier dérobé qui était dans la chambre où ooucbait M. le Dauphin, et cfui était impossible à découvrir quand on ne le connaissait pas. Le Roi y efFrayé des dan^rs que son évasion pourrait faire courir à la Reine et à la famille royale, se refusa à cette proposition, qui pénétra son cœur d'une profonde reconnaissance.
» La famille royale aurait bien voulu, sous le prétexte d'at* tendre à Gbàlons les commissaires, se reposer un peu dans cette ville, et elle en avait (prand besoin; mais il n'y eut pas moyen. Les forcenés qui accompa^nient sa voiture, effrayés des sentiments qu'ils apercevaient dans les habitants de Gbàlons, envoyèrent le soir même un courrier h Reims, avec mis-sion de recruter dans les clubs et dans la ville une troupe de mauvais sujets destinés à composer un bataillon pour les renforcer et imposer aux habitants. Cet effroyable détache* ment arriva à Gbàlons à dix heures du matin , et s'annonça par ses cris et ses vociférations. G'était le jour de la Fête- Dieu , et le Roi entendait alors la messe : un {][rand mniibre d'entre eux entrent dans la maison , obligent le prêtre de quitter la messe qui en était au Samctus, font servir sur-lechamp le déjeuner et mettent des chevaux à la voiture de Leurs Majestés. Le Roi , craignant que sa résistance n'occasionnât quelque désordre dans la ville, consentit à partir surle-champ, témoignant secrètement à ceux qui l'etitouraient combien il était touché des sentiments qu'on lui témoignait, et qu'il ne quittait Ghàlons si précipitamment que pour ne }>as l'exposer à une persécution qui affligerait sensiblement son cœur paternel.
» Les soldats dé cet effroyable bataillon qui se mirent à la suite de la voiture du Roi l'obligèrent d'aller au pas , et se }4aignirent de la faim qu'ils éprouvaient. La Reine, avec sa