LIVRE IIL — VOYAGE DE VARENJÎÎES
votre retour vers les représentants de la nation ; n'ayez pas peur. — rPeur! » répondit Louis avec calme. — Une sorte de conversation s'ensuivit sur son voyage ; le Roi répéta que son intention n'était pas de sortir du royaume, mais qu'il ne pouvait plus rester à Paris, où sa famille était en danger. « Oh! que si fait, Monsieur! vous le pouvez, » dit un des interlocuteurs. Le Roi le regarda et fit silence. » — La vérité historique est ici prise sur le fait; elle vit, elle se meut, elle respire. La confusion des idées , le chaos des esprits , l'égarement des passions se manifestent sans voile.
On servit à dîner à la famille royale, qui se mit à table pour la forme, car personne ne pouvait manger au bruit assourdissant de cette multitude forcenée, qui, malgré les efforts de Cazotte, exigea que le Roi quittât son dîner pour se montrer à elle. Quelques minutes après', cette même multitude, sous le coup de je ne sais quelle terreur panique qui vint la saisir, fut la première à presser le départ du Roi , qui ne le désirait pas moins qu'elle, et elle le conduisit, ainsi que sa famille, au milieu d'un vacarme effroyable, jusqu'à leur voiture. Au moment où la Reine y montait, une des femmes d'Épernay lui dit : « Allez, ma petite belle, on vous en fera voir bien d'auti*es! » Cet oiseau de mauvais augure prédisait ainsi à la Reine la mauvaise destinée qu'elle ne croyait que lui souhaiter. La gouvernante des enfants se vit un instant séparée de la famille royale par le flot populaire qui environnait la voiture de toutes parts. Cazotte, heureusement, aperçut les difficultés qu'éprouvait madame de Tourzel; il fendit la foule pour arriver jusqu'à elle, lui donna le bras, et la conduisit à 1a berline, qu'il fit arrêter pour lui laisser la possibilité de s'y placer*.
Entre Épernay et Dormans, à une lieue environ en avant de la première de ces deux villes, le triste cortège rencontra
> Scérole Cazotte est mort à Pariii le 20 juin 1853, à Vàge de 89 ans, laid- Mot, comme son père, mort sur réchafaud le 25 septembre 1792, une mémoire vénérée.
m LOUIS XVII.
les commissaires détégiiés par TAssemblëe nationale poar aller s'assurer de la personne du Roi : c'étaient Barnave, le marquis de Latour-Maubourg et Pétion. M. Mathieu Dumas, auquel TAssemblée nationale avait confié le commandement {fénéral de toutes les forces que les commissaires jugeraient convenable de requérir, les suivait dans une autre voiture. Dès la Ferté-sous-Jouarre, ils avaient appris que le Roi, arrêté à Varennes, approchait, et il§ avaient adressé à l'Assemblée nationale la lettre suivante, tout entière écrite de la main de Barnave :
« La Ferté-sous-Jouarre, jeudi, à neuf heures.
« Monsieur le Paêsident, *
» Nous apprenons que le Roi et les personnes qui raccompagnent ont passé la nuit dernière h Chàlons, où ils ont été conduits et escortés par une armée de gardes nationales accourues des départements voisins au moment où la noo* velle de la présence du Roi à Varennes s'y est répandue; nous espérons le joindre ce soir. Nous avons d(mné sur notre passage les ordres les plus précis pour la sûreté et la tranquillité de son retour, et nous avons été parfaitement secondés par les dispositions des citoyens. Partout l'impression du départ du Roi a été la même qn'à Paris. La contenance du peuple est tranquille et fière. Nous n'avons cessé de recueillir les témoignages de sa confiance et de son respect pour l'Assemblée nationale.
» Nous avons l'honneur d'être, etc.
» Barnave, Pétion, Latour-Maubourg. »
Cette lettre et l'arrivée de Drouet calmèrent l'agitation de Paris, où l'on n'avait point encore de nouvelles de l'arrestation du Roi * .
* « Hôtel de ville, le 22 juin.
n Nous n*avonSy Monaienr, aucune nouvelle de l'arrestation du Roi; on est ▼eun annoncer à rassemblée du con^teil {>énéral qu*il était arrivé à l'Assemblé* natiunnle un courrier qui apportait cette nouvelle : il avait, disait-on, devancé