LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES
Au moment où le carrosse qui ramenait la famille royale rencontra celui où se trouvaient tes connumissaires de l'Assemblée, on fit balte des deux côtés. Les trois députés mirent pied à terre, et, soigneux de conserver l'étiquette parlementaire après avoir tant raillé l'étiquette de cour, ils se dirigèrent vers le carrosse royal, précédés d'un huissier ^ La multitude s'empressa d'ouvrir ses rangs pour leur faire place, et le silence s'établit. L'autorité, la majesté, le respect, tout avait été transféré de la royauté à l'Assemblée. Quand les trois députés montèrent sur 'le marchepied du carrosse royal, un bruit de voix confus en sortit; c'étaient la Reine et Madame Elisabeth qui adjuraient les commissaires d'empêcher qu'on attentat aux jours des serviteurs qui les avaient accompagnés. Elles ajoutèrent que le Roi ne voulait pas sortir du royaume, et le Roi confirma leur témoignage. Ainsi ces malheureux princes oubliaient leur situation pour ne songer qu'à* celle des personnes dévouées qui se trouvaient associées à leur danger. Pétion la leur rappela en lisant au Roi le décret de l'Assemblée nationale, dont l'exécution était confiée à ses deux collègues et à lui. Le silence le plus profond régnait dans la voiture. Pétion commença ensuite cette lecture en se tournant vers la multitude , qui applaudit.
«Dumas, rapporte Pétion, prit le commandement de tontes les gardes qui avaient accompagné le Roi. Il y eut de
de trois hcnreg ie courrier officiel qu'envoyait la municipalité de Lille, et il garantissait sur sa tète la vérité de cette nouvelle. Depuis, il nous est venu un ollicier de la garde nationale qiû nous a assuré qae le fait éuit faux, et qu'au contraire l'on avait répandu à l'Assemblée nationale le même bruit, en disant que c'était à la municipalité que le courrier était arrivé. L*une et Tautrc version sont Clément fausses. Le peuple cependant est persuadé do leur vérité, et le conseil général vient de prier tous les députes de sections qui se trouvaient à rh»)tel de ville de retourner dans leur quartier, et d'employer les moyens les plus prompts pour faire revenir le pen|ile de son erreur.
N Le maire de Paris ^ BAiiXY. »
* « La voiture du Roi s'arrête; nous allons au-devant*. L'huissier nous précède, et le cérémonial s'observe d'une manière imposante. »
(Manuscrit de Pétion, Mon voyatfe de Varennes,^
la part de ces gardes une soumission admirable. C'était avec joie qu'elles reconnaissaient le chef militaire qui se plaçait a leur tête : rAssemblée l'avait désigné ; il semblait que c'était pour eux un objet sacré ' . »
Les commissaires de l'Assemblée déclarèrent au Roi qu'il était dans les convenances qu'ils prissent place dans sa voiture. Le marquis de Latour-Maubourg se retira seul : Barnave et Pétion y entrèrent. Dès qu'ils y furent, ils s'aperçurent qu'ils généraient beaucoup la famille royale, et en firent l'observation au Roi. — « Il est impossible, dirent-ils, que nous trouvions place ici. » Le Roi répondit : « Je désire qu'aucune des personnes qui m'ont accompagné ne sorte, et je vous prie de vous asseoir; nous allons nous presser, vous trouverez place. »
« Le Roi , la Reine, le Prince royal étaient sur le den*ière, continue Pétion ; Madame Elisabeth , madame de Tourzel et Madame étaient sur le devant. La Reine prit le Prince sur ses genoux ; Barnave se plaça entre le Roi et la Reine ; madame de Tourzel mit Madame entre ses jambes, et je me plaçai entre Madame Elisabeth et madame de Tourzel *. »
M. de Latour-Maubourg était monté dans la voiture de mesdames Brunier et de Neuville. Sa conduite pendant tout le voyage fut marquée au coin de la discrétion et du respect. Il chargea madame de Tourzel de dire au Roi, que bien qu'il ftit convenu que les commissaires iraient successivement dans la voiture de Sa Majesté, il le priait de permettre d'y laisser MM. Pétion et Barnave ; que la vue de la famille royale pouvait faire sur leur esprit une impression favorable et dont elle pourrait tirer parti ; que ce conseil éUu't dicté par son attachement pour la personne du Roi, et qu'il se bornerait à accompagner les femmes de Monseigneur le Dauphin et de Madame. Celles-ci durent à sa protection d'achever tranquillement leur voyage.
^ Mon voyage à Varennes, a Idem.