LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. It
« cela était très-bien , que les messes constitutionnelles étaient les seules que le Roi dût entendre. »
La conversation tomba de nouveau , et elle ne reprit que parce que la Reioe et Madame Elisabetli tëmoîgnèrent encore les plus vives inquiétudes pour les gardes du corps qui étaient sar le siège exposés aux injures et aux menaces. Barnave et Pétîon y en promettant de veiller à leur sûreté y laissèrent comprendre que le parti qu'avait pris le Roi de quitter Paris donnait lieu malheureusement à bien d autres dan(;ers. Madame Elisabeth entreprit de justifier le départ de Louis XVI , et, adressant la parole a Barnave, elle lui retraça , avec une sagesse et un courage admirables, la conduite du Roi, qu'elle mit en opposition avec celle de TÂssemblée dans les diflR^rentes phases de la révolution. Voici l'analyse que la mémoire de madanie de Tourzel nous a conservée de ce discours, qui dura, dit-elle, près d'une heure et demie :
« Je suis bien aise que vous me mettiez à portée de vous ouvrir mon cœur, et de vous parler franchement sur la révolution. Vous aveis trop d'esprit, monsieur Barnave, pour n'avoir pas connu sur-le-champ l'amour du Roi pour les Français et son désir de les rendre heureux. Égaré par un amour excessif de la liberté, vous. n'avez calculé que ses avantages, sans penser aux désordres qui pouvaient l'accompagner. Vos premiers succès vous ont' enivré, et vous ont fiùt aller bien au delà du but que vous vous étiez proposé. La résistance que vous avez éprouvée vous a roidi contre les difficultés, et vous a fait briser sans réflexion tout ce qui naettait obstacle a vos projets. Vous avez oublié que le bien s*opère lentement , et qu'en voulant «*river trop promptement au but , on court risque de s'égarer. Vous vous êtes persuadé qu'ei^ détruisant tout ce qui existait, bon ou mauvais, vous construiriez un ouvrage pariait , et que vous rétabliriez ce qui était utile à conserver. Séduit par cette idée , vous avez attaqué tous les fondements de la royauté, et abreuvé d'outrages et d'amertume le meilleur des rois. Ses
i$» LOUIS XVII.
efforts et ses sacrifices pour vous râmener à des idées plus saines ont été inutiles, et vous n'avez cessé de calomnier ses intentions, et de l'avilir aux yeux de son peuple, en étant à la royauté toutes les prérogatives qui inspirent le respect et Tamour.
• » Arraché de son palais et conduit a Paris de la manière la plus indécente, sa bonté ne s*est pos démentie. Il tendait les bras à ses en fonts égarés, et cherchait h s'entendre avec eux pour opérer le bien de cette France qu'il chérissait malgré ses erreurs. Vous l'avez forcé de signer une constitution point achevée, quoiqu'il vous représentât qu'il était plus convenable de ne donner sa sanction qu'à un ouvrage terminé, et vous l'avez obligé de la présenter ainsi au peuple, dans une fédération dont l'objet était de vous attacher les départements, en isolant le Roi de la nation. — Ah! Madame, reprit vivement* Barnave, ne vous plaignez pas de cette fédération ; nous étions perdus si vous en eussiez su profiter.
» La famille royale soupira, et Madame Elisabeth continua :
» Le Roi, malgré les diverses insultes qu'il a éprouvées de nouveau depuis cotte époque , ne pouvait encore se résoudre au parti qu'il vient de prendre; mais attaqué dans SCS principes, dans sa femille, dans sa propre personne, profondément affligé des crimes qui se commettent dans toute la France, et voyant une désorganisation générale dans toutes les parties du gouvernement et les maux qui en résultent, il s'est déterminé à quitter Paris, pour aller dans une ville du royaume où, libre de ses actions, il pût engager l'Assemblée a reviser ses décrets, et à faire, de concert avec .lui , une constitution qui , clamant les divers pouvoirs et les remettant ù leur place , pût faire le bonheur de la France.
» Je ne parle pas de nos malheurs particuliers ; le Roi seul, qui ne do\t faire qu'un avec la France, nous occupe