‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 62 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. 1J · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES. 1J

uniquement; je ne quitterai jamais sa personne» à moins que VOS décret^ n'achevant d'ôter toute liberté de pratiquer la reli^^ion, je ne sois forcé de l'abandonner» pour aller dans un pays où la liberté de conscience me permette de suivre une religion à laquelle je tiens plus qu'à la vie. — Gardeas-vous-en bien» répliqua Bamave» vos exemples et votre présence sont trop utiles à votre pays. — Je n'y pen« serai jamais sans cela ; il m'en coûterait trop de quitter mon frère quand il est si malheureux; mais un pareil motif ne peut faire impression sur vous, monsieur Barnave, qu'on dit protestant, et qui n'avez peut-être aucune religion ! »

a Bamave , ajoute madame de Tourzel , s'en défendit , en assurant qu'on l'avait plus d'une fois calomnié, en lui prêtant des propos bien éloignés de ses sentiments : « Et nommément, dit-il, cet iniame propos après la mort de MH. Foulon et Berthier : Ce sang est-il donc si pur^lv

Entre «minuit et une heure du matin , on entrait à Dormans *. Il fut décidé qu'on y passerait le reste de la nuit. La voiture s'arrêta à la porte d'une auberge de pauvre apparence, où déjà , à leur passage , les commissaires étaient descendus pour prendre un peu de nourriture. Le Roi mit pied à terre le premier; les autres personnes qui étaient dans la voiture le suivirent. Il n'y eut pas un seul cri de : Vive le Roi ! en revanche on cria beaucoup : Vive la Nation ! vive l'Assemblée ! Quelques voix mêlaient à ces cris celui de : Vive Barnave! d'autres celui de Vive Pétion! On monta dans les chambres hautes, et les commissaires firent poser des sentinelles devait les chambres qu'occupaient les princes et leurs serviteurs. La famille royale et madame de Tourzel soupèrent ensemble. Les commissaires et M. Dumas soupèrent dans une autre pièce, firent leurs dépêches, et essayèrent de prendre quelque repos. Le Roi , par exception , eut une chambre à lui seul; le lit en était fort mauvais, et Sa

* Mémoires inédits, ' Récic de Pétion.

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Majesté passa la nuit sur une chaise. L^hôtel était entouré des gardes nationales et des populations des environs , qui buvaient, chantaient et formaient des rondes, comme si la patrie était sauvée parce qu'on avait arrêté le Roi. Il n'y eut que les enfants, qui , grâce au privilège de leur âge , purent trouver un peu de sommeil au milieu di| tumulte qui régnait partout. Encore, ce qui se passait depuis deux jours avait lait un*e telle impression sur l'esprit du pauvre petit Dauphin, qu'il rêva qu'il était dans un bois avec des loups, et que la Reine y était en danger ; il se réveilla en pleurant et san- ' glotant; on ne put le calmer qu'en le conduisant auprès de sa mère ; et la voyant bien portante , il se laissa recoucher et dormit tranquillement jusqu'au moment du départ.

Entre cinq et six heures du matin (24 juin), on remonta en voiture. Cette fois Rarnave se plaça entre Madame Elisabeth et la marquise de Tuurzel , et Pétion entre la Reine et le Roi. Le jeune prince vint plusieurs fois sur les genoux de Pétion, qui remarqua sa vivacité et sa gaieté. La Reine» qui , le joui- précédent , avait causé plus particulièrement avec Barnave, causa, ainsi que le Roi, plus souvent avec Pétion pendant cette journée. Madame Elisabeth causait de son côté avec Barnave , de plus en plus touché de ce qu'il entendait et de ce qu'il voyait. Le Roi éprouvait de l'embarras à trouver un sujet de conversation avec les commissaires de l'Assemblée; mais ils remarquèrent bientôt que cet embarras naturel n'excluait chez lui ni la justesse de la pensée, ni la convenance de l'expression. La Reine avait entrepris avec Pétion une causerie familière suij l'éducation , et le stoïcien révolutionnaire eut besoin pour ne pas admirer la simplicité de son langage et la sagesse des idées maternelles, de se souvenir de ce dogme du catéchisme républicain : « Que les reines ne disent jamais ce qu'elles pensent, et.ne pensent jamais ce qu'elles disent. »

Du reste, la marche du Roi n'éprouvait pas d'obstacle. Les populations, mornes et silencieuses, regardaient passer

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