‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 66 sur 264 · LIVRE m. — VOYAGE DE VARENNES. J · texte numérisé non relu

LIVRE m. — VOYAGE DE VARENNES. J

iismatisës par la fièvre révolutionnaire, sortaient des invectives plus insultantes encore pour i^ père que pour le roi; car la présence même de l'enfcint royal, loin d^étre aux yeux de ce peuple un bouclier pour la Reine, devenait une arme contre elle. Effrayé de ce tumulte et de ces bruits qu'il ne comprenait pas, le jeune Prince jeta quelques cris d'effroi. La Reine l'apaisa ; mais, en l'apaisant, elle sentit ses propres larmes qui lui montaient du cœur au visage.

Tout à coup l'attention de la foule se fixa sur les trois gardes du corps qui étaient sur le siège de la voiture. On demandait avec des cris de mort les trois habits jaunes; on délibérait hautement sur le genre de supplice qu'on leur ferait subir : ceux-ci proposaient de les écorcher vifs, les autres de les couper par morceaux, quelques-uns de les attacher aux roues. Au milieu de toutes ces manifestations, la voiture s'arrêta. C'en était fait des gardes du corps, lorsque Bamave, s'apercevant de ce qui se passait, s'écria : « Marchez, je vous l'ordonne; c'est moi qui commande ici. » L'effervescence se calma. Les grenadiers dirent au député : « Ne craignez rien, il n'arrivera pas de malheur, nous vous en répondons ; mais nous avons voulu prendre notre place : les postes d'honneur nous appartiennent. » Le cortège continua sa route, mais d'un pas si lent, que, depuis la proximité des barrières, on mit cinq heures pour arriver aux Tuileries' . Il est vrai qu'au lieu d'entrer dans Paris par la porte Saint- Denis, on fit le tour des murs pour atteindre la barrière de l'Étoile. Le concours du peuple était immense : les fenêtres des maisons étaient encombrées de monde, les toits en étaient hérissés, les barrières en étaient couvertes, les arbres en étaient remplis.

Dés la veille, quelques placards étaient affichés, portant cet avis : Celui qui applaudira le Roi sera bâtonné; celui qui V insultera sera pendu. La police ne s'était pas bornée à prescrire ce silence improbateur sur le passage du royal

' Relation de M. <le Moa«ticr.

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captif: la garc}e nationale était invitée à le recevoir les armes renversées, et le peupl^^le chapeaa sur la tète. Ces dispoûtions furent d'abord observées avec un calme imposant; mais bientôt quelques cris de Vive la nation! se firent entendre. U était six heures lorsque le triste cortège parut à la barrière de rÉtoile. Ainsi donc il y avait douze heures que la Reine et ses enfants, Madame Elisabeth et madame de Tonrzel étaient entassés sans mouvement, et dans une gène intolérable, au fond de cette voiture,* qui traversa l'avenue des Champs-Elysées au milieu de deux a trois cent mille spectateurs. Un nuage de poussière soulevé par cette multitude immense dérobait de temps en temps au peuple lliumiliation de ses anciens maîtres, et à ceux-ci la joie triomphante de leurs ennemis. Le iront du Dauphin ruisselait de sueur, Tair manquait à sa respiration. Sa mère baissa un store de la voi^ ture, et cherchant un attendrissement dans la milice nationale qui bordait la haie : « Voyez , dit-elle , messieurs, dans quel état sont mes pauvres enfants; ils étouffent! — Nous t*étoufFerons bien autrement, » répondirent à demi -voix quelques personnes lâchement cruelles qui chuchotaient derrière les rangs de la garde nationale. Les voitures entrèrent dans le jardin des Tuileries par le pont tournant, qui fut fermé tout aussitôt, et arrivèrent difficilement un peu au delà du premier bassin du côté du château. En ce moment une partie des députés sortit de la salle des Feuillants pour être témoin de ce spectacle : parmi eux on reconnut M. le duc d'Orléans, « dont la présence, écrit même Pétion, parut au moins inconsidérée. » Les voitures s'étaient arrêtées devant la foule compacte que la garde nationale ne pouvait plus contenir. Les imprécations qui s'élevaient de toutes parts contre les gardes du corps assis sur le siège de la première voiture prirent un caractère menaçant : des baïonnettes s'agitaient avec des cris de mort. Bamave et Pétion intervinrent, appuyés par quelques députés qui avaient fendu la foule et réclamaient avec énergie le respect de la loi. M. de la Fayette

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