‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 67 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES

apparaît aussi , à cheval, au milieu des baiSonnettes , et sup* plie le peuple de ne point se déshonorer par un meurtre. Les trois gardes assistent impassibles aux avanies dont on les couvre , aux frémissements que cause leur sort , mis en question par la colère de la foule. Enfin , au milieu de ces flots agités, ils descendent de leur siège ; ils n'étaient pas garrottés, comme le bruit s'en était répandu et comme on l'a écrit depuis. Mais c'est par une sorte de miracle qu'ils échappent à la mort et arrivent au château meurtris et ensanglantés.

On ouvre la portière de la berUne royale; le Koi descend le premier ; on garde le silence. Suivant la consigne, toutes les têtes sont couvertes. Un seul homme, M. Guilhermy, membre de l'Assemblée nationale, s'incline le chapeau à la main, avec les signes du plus profond respect. On lui crie de remettre son chapeau; il le lance au milieu de la foule, et demeure le front intrépide, le visage calme, la tète nue. La Reine descend après le Roi : des murmures se font entendre. Les enfants sortent ensuite ; ils sont reçus avec sympathie, avec attendrissement même. M. Hue, qui arrive en ce moment près de la voiture, tend les bras pour recevoir le Dauphin.

Le royal enfant aperçoit à peine ce bienveillant témoin de ses promenades, ce soigneux pourvoyeur de ses jeux, que ses yeux se remplissent de larmes. Malgré les efforts de M. Hue pour le prendre dans ses bras, un officier de la garde nationale s'empare de lui , l'emporte dans le château et le dépose sur la table du cabinet du conseil. M. Hue arrive dans l'appartement aussitôt que cet officier; le Roi, la Reine, les Princesses et madame de Tourzel, que suivent les députés, y entrent un instant après. Le Roi , se tournant vers les députés et quelques personnes dévouées qui l'attendaient pour le salu^ à son retour : «Messieurs, dit-il, mon intention , en m'éloignant de Paris, n'a jamais été de quitter k France. J'ai voulu m'étabUr sur l'une de ses frontières, et

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me rendre le médiateur des différends qui chaque jour se multiplient dans 1* Assemblée; j'ai voulu surtout travailler avec toute liberté, et sans aucune distraction, au bonheur de mon peuple , objet continuel de mes soins. »

Accablé de fatigue, couvert de sueur et de poussière, Louis XVI se retire alors dans l'intérieur de ses appartements. Sa famille le suit. Un officier de la garde nationale veut encore s'emparer du Dauphin; le Roi s'y oppose, et cette fois, d'après ses ordres, M. Hue, prenant dans ses bras le jeune Prince, le porte dans son appartement et le remet à madame de Tourzel.

Investi par l'Assemblée du gouvernement du château et de la garde spéciale du Roi et de la famille royale, M. de la Fayette avait choisi dans la milice parisienne trente-six officiers, la [)lupart personnellement dévoués à leur chef, et qui devaient se relever par tiers de vingt-quatre heures en vingtquatre heures, dans l'intérieur des appartements. Deux de ces officiers s'installèrent immédiatement dans la chambre même du Dauphin. Madame de Tourzel, prévoyant qu'elle allait être arrêtée, voulut, pour épargner au Prince la vue de cette scène et ménager sa sensibiUté, se retirer dans une pièce voisine de celle où il couchait. Elle fit demander par M. Hue à Madame Elisabeth uiu livre que cette Princesse avait promis de lui prêter; ce livre avait pour titre Pensées sur la mon. Quelques instants après qu'elle eut pris possession de sa nouvelle chambre , deux autres officiers se présentèrent pour exécuter l'ordre qu'ils^ avaient reçu de la garder à vue dans cette même pièce. Elle eut du reste beaucoup a se louer des respectueux égards que lui témoignèrent ces deux officiers, MM. Bance et du Pays.

Dès que le Dauphin fut au lit, il appela M. Hue : a Ditesmoi donc ce qui se passe, lui dit-il. Aussitôt notre arrivée à Varennes, on nous a renvoyés. Je ne sais pourquoi : le savezvous?» Les officiers de garde se promenaient alors en causant dans l'appartement* M. Hue ix'présenta au Prince la nécessité

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