‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 68 sur 264 · LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — VOYAGE DE VARENNES

de ne parler à personne et devant personne de ce voyage. Cette recommandation fiit dans l'avenir scrupuleusement observée; mais peut-être contribua-t-elle ii développer dans cette jeune imagination la réflexion sévère qui amène Tinquiétude et la frayeur. L'enfant, malgré la fatigue et contrairement à son habitude , fiit assez lent à s endormir ce soir-là; et dès le lendemain, à son lever, en présence de ses gardes, il dit a son cher confident assez haut pour être entendu de tous, qu'il avait encore fuit un rêve affreux; qu'il s'était vu entouré de loups, de tigres, de bêtes féroces qui voulaient le dévorer. M. Hue, à qui nous devons ces détails, rapporte qu'on -s'entre-regarda sans oser proférer une parole.

Le Roi, comme on le voit, était tombé dans un malheur plus terrible que celui auquel il avait essayé de se soustraire lui et sa famille. Pour elle comme pour lui , l'esclavage devenait plus^dur, la prison plus étroite , l'humiliation plus profonde. Il avait resserré ses liens en voulant les rompre. Une fatalité incroyable, et, il faut le dire, une grande imprévoyance avaient présidé à ce malencontreux voyage.

M. de Bouille avait engagé le Roi à suivre la route directe de Paris a Montmédy et qui passe par Reims , au lieu de prendre la route de Varennes, qui, de Glermont à Montmédy, n'est qu'une route de second ordre et n'a point de relais de poste. M. de Bouille craignait avec raison que les relais qu'il faudrait envoyer sous différents prétextés n'éveillassent des soupçons. Il en était de même de la présence des troupes sur une route que d'ordinaire elles ne fréquentaient pas. .

Le Roi persista à suivre la direction qu'il avait choisie , dans la crainte d'être reconnu à Reims, la ville de son sacre.

Ce fut un malheur; ce ne fiit pas le seul. Le chevalier de Goigny, que Louis XVI, comme on l'a vu, avait mis dans la confidence du voyage, avait dissuadé le Roi de prendre des gardes du corps pour l'escorter. « Personne , lui avaii-il dit, ne rend plus de justice que moi a leur bra-

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voiire et à leur fidëlitë; mais, dans une drconstanœ aussi importante, il (Saut employer des personnes qui aient l'habitude des voyages et qui aient été dans l'occasion dé prendre des partis décisifs, tel que'Priolo, commandant de la gendarmerie, homme de tête et qui a l'habitude de la surveillance; tel que N., maître de poste retiré , qui connaît parfioûtement toutes les routes du royaume. » M. de Bouille avait de son côté senti la nécessité que la famille royale eût en outre près d'elle un homme sûr, alerte, ferme, décidé, capable de lever les difficultés du voyage et au besoin de briser les obstacles; il avait pour ce rôle important désigné à Louis XVI le marquis d'Âgoult, major des gardes françaises. Le Roi avait d'abord promis de suivre ce conseil , mais la famille royale ayant Thabitude d'avoir toujours madame de Tourzel auprès des Enfants de France, ne voulut point se séparer d'elle, et n'emmena point M. d'A{j;pult.

Quelques historiens ont prétendu que l'opiniâtreté de madame de Tourzel à vouloir suivre le Dauphin avait empêché le Roi de prendre dans sa voiture un militaire distingué. Cette assertion tombe d'elle-même devant la parole de madame de Tourzel, qui n'eût point insisté contre un désir exprimé par le Roi , et qui d'ailleurs avait la ressource de prendre la place d'une des femmes de chambre de la famille royale. « En pareil cas (c'est elle qui le déclare), l'attachement ne consulte ni les convenances ni les droits, et j'aurais concilié le devoir que m'imposait ma place de ne jamais quitter M. le Dauphin, avec le désir que Leurs Majestés auraient manifesté de se faire accompagner d'une personne dont les services eussent pu être plus utiles que les miens. »

Ce ne fut pas tout encore : M. de Bouille avait prié le Roi d'engager l'empereur Léopold à faire, sur nos frontières, du côté de Montmédy, opérer un mouvement de troupes en apparence menaçant, afin de justifier, aux yeux des populations alarmées, la concentration d'un corps de cavalerie

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