LIVRE PREMIER. ^ VERSAILLES
était Histniit , mais une science lui manquait , celle qui lui eût été la plus nécessaire, la science du gouvernement! Honnête, il ne crai{piait pas la calomnie, car il trouvait au fond de son cœur, dans le témoignage de ses intentions , la justification de ses actes. Cette candeur de conscience devait encore tourner contre lui : aucune vie n*est au-dessus de la calomnie; les intrigues et les pamphlets allaient amonceler autour de la sienne toutes sortes de haines mesquines, capables de faire trébucher im géant. Son cœur était ferme , mais son esprit timide; de sorte qu'au lieu de prévoir et de diriger les événements , il les suivait , ce qui devait le mener infiodlliblement à sa perte; car les idées conduisaient les événements à Tassant des principes sur lesquels avaient reposé jusque-là la société française, l'hérédité incontestée, la souveraineté royale , la religion.
Pour comble de malheur, Louis XYI, avec tant de vertus, avait deux défauts de caractère dangereux dans tous les temps, mortels dans, celui où Dieu l'avait fait naître. Le premier, c'est qu'il ne savait pas résister longtemps à un mouvement d'opinion ; au lieu de s'en servir comme les marins se servent du vent pour avancer dans une direction dcjâ déterminée, il arrivait bientôt à le servir; ce n'était plus seulement une force motrice qu'il employait, c'était sa boussole. Le second, c'est qu'il sacrifiait sans cesse ses propres idées , qui étaient ordinairement saines et bonnes , a celles des hommes qu'on lui présentait comme capables. C'est ainsi qu'il laissa appliquer successivement les idées de Turgot, de Brienne, de Calonne, de Necker, etc., quoiqu'il eût les doutes les plus légitimes sur l'efficacité pratique de leurs systèmes. Une telle défiance de lui-même devait mettre sa politique sur le chemin des essais aventureux et des revirements plus périlleux encore au milieu de ces essais. Un mot peint cette tournure d'esprit et de cœur. En arrivant au trône, Louis XYI rappela les anciens parlements, que le chancelier Maupeou avait dissous ; il comprenait les inconvé*
m LOUIS XVII.
nienU de leur retour, mais ii répondit à im de ses ministres ami du Dauphin son père , qui les lui rappelait : « Je sais tDut cela y mon cher du Muy, mais je veux et je dois avant tout commencer par me (aire aimer de mon peuple. » Dans un temps où le vent des innovations souflSait, et où le peuple devait successivement suspendre ses espérances à toutes les chimères , cette manière de raisonner et surtout d'a(^ir devait mener loin et mena loin Louis XVI. Du rappel des parlements elle le cojiduisit à la convocation des notables^ de la convocation des notables à la réunion des états généraux, au doublement du Tiers, à la confusion des ordres, à l'Assemblée constituante» au 15 juillet, aux 5 et 6 octobre, enfin , d'étape en étape, au terme Aital.
Déjà les idées nouvelles commençaient à fermenter. Neui^ jours après la naissance du duc de Iik>rmandie (S avril 1785), on lisait à l'Académie royale des inscriptions et belies4ettres un Mémoire sur le récit des historiens anciens et modernes au sujet de l'avènement de Hug[ues Gapetau trône. L'auteur semblait s'être proposé de prouver que Hugues avait reçu la couronne du consentement libre de la nation. Ce thème fut exploité par les encyclopédistes, dont les utopies laissaient entrevoir déjà la possibilité d'une quatrième dynastie.
Mais ces idées' d'innovation qui fermentaient au sein du monde lettré n'étaient pas descendues dans la rue : la royauté tranquille suivait encore sa marche heureuse sous un cid sans nuage. Le 24 mai , Marie -Antoinette vint à Paris remercier Dieu de sa délivrance, et le peuple de son affection.
Dès le matin le corps de ville s'était rendu avec le gou* verneur de Paris à la porte de la Gonferenoe , au-devant de Sa Majesté. A neuf heures et demie le canon des Invalides annonça l'arrivée de la Reine. Cinquante gardes du corps du Roi et le plus brillant cortège accompagnaient sa voiture, où elle avait près d'elle Madame Elisabeth et Madame Adélaïde. Le carrosse s'arrêta à l'endroit où avait été la porte de la Conférence; la portière ayant été ouverte, le corps de ville