‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 8 sur 264 · LIVRE PREMIEn. — VERSAILLES. Ift · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEn. — VERSAILLES. Ift

s'avança, et, présenté par le gouverneur, mit un genou en terre. Le prévôt des marchands adressa à la Reine le compKment d'usage. La Beîne y répondit avec grâce , et la portière ayant été refermée, la voiture reprit sa marche. La Reine se' rendit d'abord à Notre-Dame, où elle fit ses dévotions, puis à Saintes-Geneviève, et enfin aux Tuileries, où elle arriva à deux heures. Elle y dîna, alla ensuite ù l'Opéra, et après le spectacle, se rendit au Temple pour y souper. Au sortir de table , elle fut conduite à la place Louis XV — (hélas! ce trajet se retrouvera dans cette histoire! ) — pour y voir tirer un feu d'artifice que le comte d'Aranda , ambassadeur d'Espagne y avait feit placer sur les combles de son hôtel. Il était alors minuit.

Le lendenaain , mercredi 25 mai , Marie-Antoinette dîna chez la princesae de Lamballe, se rendit ensuite à la Comédie italienne, et repartit après pour YersaiUes. Dans ces deux journées, la Reine avait été l'objet d'une sorte d'enthousiasme , et elle pouvait croire qu'elle emportait les ^bénédictions de Dieu avec les acclamations du peuple.

Ces acclamations accompagnèrent d'une façon plus vive encore le Roi dans un voyage que l'année suivante (21 juin nS€) il fit à Cherbourg, afin de visiter les immenses travaux qu'il avait ordonnés dans ce port militaire, destiné à regarder en face un grand peuple, alors notre ennemi. Loub XVI s'était fait de la route qu'il devait parcourir une carte détaillée, contenant les diàteaux et les principales habitations des notables, avec l'indication de leurs noms et des services qu'ils avaient pu rendre. Ces braves gens qui eurent l'occasion de l'aborder restaient émerveillés de voir que le Roi connaissait non-seulement leurs noms, mais des particularités de leur vie et leurs souvenirs de famille. Leur enthousiasme s'accroissait encore de l'étonnement des courtisans. Aussi Louis XVI rapporta de bien douces émotions de ce voyage, qu'il se plut sans cesse à rappeler, s'appkndissant d'avoir

donné au second de ses fils le nom de cette belle province.

ÎO . LOUIS XVII.

«Viens, mon petit Normand, lui disait-il souvent en le pressant dans ses bras , ton nom te portera bonheur. »

On a vu sous quels auspices s'était ouverte cette existence que semblaient attendre de si hautes et de si heureuses destinées. L'avenir ne tarda pas à lui faire encore de plus magnifiques promesses. Le Dauphin (Louis-Joseph-Xavier- François), né à Versailles le 22 octobre 1781, mourut à Meudon le jeudi 4 juin 1789. -C'était un enfant charmant, qui annonçait les plus belles qualités du cœur et de l'esprit. Tout le royaume le regretta. Les état^ généraux, ouverts depuis un mois, se rendirent les interprètes de la douleur publique. Dans la séance même du 4 juin , le Tiers chargea M. le doyen de présenter à Leurs Majestés l'expression de la profonde affliction dont la mort de M. le Dauphin avait pénétré l'Assemblée; et la noblesse, sur la motion de M. le duc du Chàtelet, convint également,, à l'unanimité, de députer au Roi et à la Reine pour leur témoigner la part qu'elle prenait à leur douleur.

Dans la séance du Tiers du lendemain , Bailiy proposa . d'aller jeter de l'eau bénite sur le corps du jeune prince, ce qui fut accepté à l'unanimité. Mais si l'on s'en rapporte à plusieurs contemporains dont le témoignage a un grand poids', le Tiers montra, dans la plus étrange absence de tact et de sentiment , jusqu'où il portait ses prétentions. Deux heures après la mort de son fils, Louis XVI, qui s'était enfermé pour le pleurer librement , fut averti que le président du tiers état insistait pour entrer, quoiqu'il connût la mort du jeune prince. Le Roi s'écria alors : a 11 n'y a donc pas de pères dans cette chambre du Tiers !» et il le reçut.

Ne semble4-il pas qu'il y ait eu dans la date de la naissance et de la mort de ce prince destiné au trône quelque chose de prophétique et de fatal? Il naquit le 22 octobre 1 781 , et les fêtes de son baptême furent renvoyées au 21 janvier

> Entre autres M. Ferrand {Èhge de Madame Elisabeth),

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