‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 72 sur 264 · LIVRE IV. ^ JOURNEE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ^ JOURNEE DU 20 JUIN

prisons de Verdun ; peu de jours api^, sur un décret de TAssemblée nationale, M. de Cboiseul fut transféré dans la prison d'Orléans, et MM. de Damas et de Floirac dans une prison de Paris. Les deux femmes de chambre furent mises en liberté peu de jours après, mais les autres détenus ne furent relâchés qu'au moment où le Roi ayant accepté la constitution, une amnistie générale fut accordée.

lie Dauphin demandant ce qu'était devenue sa bonne, c'est ainsi qu'il appelait madame de Neuville, sa première ' femme de chambre , on lui répond qu'elle était allée voir sa mère en province. Quand elle lui fut rendue : « Il y a bien longtemps que je ne vous ai vue, lui dit-il devant la Reine; mais vous avez bien feit. A votre place, je crois que je serais encore resté bien plus longtemps. » Et il se jeta dans les'bras de sa mère en la couvrant de caresses ' .

Le Roi, dont l'esprit était quelquefois incertain, mais dont l'àme était toujours noble et forte, voulut assumer toute la responsabilité du voyage de Yarennes. Toutes ses réponses furent dirigées dans ce sens, quand Tronchet, Dupdrt, d'André, commis par l'Assemblée constituante, vinrent recevoir sa déclaration ; c'est le nom qu'on donna , par un respect dérisoire, à l'interrogatoire qu'on lui fit subir. Cette pensée était tellement arrêtée chez lui, que, le len* demain , il fit invif«r les trois commissaires à se rendre aux Tuileries afin d'entendre une déclaration supplémentaire^,

1 Je tiens ce deuil de M. le marquis de Vibraie , qui le tenait de madame la vicomteiM d'Agtmlt.

^ « Messievrs,

* Koot étaat rendus avprès de la personne 4xl Roi, en coBêéquence de Taotorisation qne yout nons aviez donnée, et ayant été introduits dans sa chambre à coucber et seuls avec lui, il nous a dit qu'il avait cm devoir nous appeler parce qu'il s'éuit rappelé qu'il n'était pas ^t mention, dans aa déclaration, de l'ordre qu'il avait donné à M. de Bouille pour qu'il eût à protéger son voyage à Montmédy depuis Cbâlons. Sur l'observation que nous lui avons fiiite que cet ordre éuit actnelleraent connu par l'amstation de M. ***, le fioi nous a déclaré qu'il ignorait ce fait, et que, dans cette position, il croyait inutile de feiire aucun supplément de déclaration.

* TaovcaiT. •

iW LOUIS XVII.

Il s'agissait de bien établir que c'était sur Tordre formel du Roi que M. de Bouille avait eu à protéger son voyage de Ghûlons à Montmédy.

Pendant les jours qui suivirent, Barnave n'osa pas venir aux Tuileries. Plus tard , les précautions les plus minutieuses furent prises pour assurer le secret de ses entrevues avec le Roi.

Ce fut dans une petite chambre de l'entre-sol qu'eurent lieu ces mystérieux entretiens. Le couple royal y attendit souvent des heures entières, la main posée sur la serrure, afin d'ouvrir doucement au premier bruit des pas du défen-' seur caché, qui acceptant en vain la difficile et périlleuse succession de Mirabeau. Hélas! les hommes naguère si forts contre la royauté par la révolution , n'apportaient à la royauté contre la révolution que les restes impuissants d'une force épuisée dans l'œuvre de démolition sociale, qui avait eu toute la verve de leur jeunesse et toute la verdeur de leur talent. Â quoi tiennent cependant les destinées des empires et l'opinion des hommes! Le fougueux tribun avait dit de Barnave : • C'est un jeune arbre qui montera haut si on le laisse croître. » Gomment douter que si Barnave n'eût' point vu de près Louis XVI et Marie-Antoinette, il n'eût joué dans la révolution un tout autre rôle? Le voyage de Yarennes éveilla sa sensibilité au détriment de son ambition , «t le gagna à la monarchie; sa politique jusqu'alors avait suivi son imagination, elle ne s'inspira plus qhe de son cœur. Le contact avec les Bourbons a, dans les temps de discordes, enchaîné à leur cause plus d'un ennemi , ramené par ce seul aimant que recèle la grandeur malheureuse et la vertu. Ce qui fit Barnave royaliste, ce fot d'avoir lu dans les yeux humides d'une belle Reine l'inquiétude et la prière; ce fot d'avoir tenu entre ses genoux l'héritier du trône de tant de rois , et d'avoir joué avec les boucles blondes de ses cheveux. Barnave n'eut point l'éclatante parole de Mirabeau, mais il eut plus d'élévation de sentiment -: l'homme de génie s'était vendu, l'homme de cœur se donna.

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