‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 74 sur 264 · LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN

encore, le sonlagement des malheureux. Elle se donnait elle-péme pour exemple de rinstabiiité des grandeurs bu-* maines, disant qu il ne fallait jamais compter sur la constance de la fortune, mais toujours sur la justice de Dieu.' Le goût de la 'bienfaisance avait précédé chez la Reine les désencfaafntements de la vie. Cette vertu aumônière était un besoin de son cœur; elle était le premier instinct de son ame, et non le fruit tardif du malheur. Dans les beaux jours de sa puissance, elle avait fondé un hôpital à Saint-Cloud ; tous les mois , elle envoyait d'abondantes offrandes aux curés de Paris, ses agents auprès des pauvres; tous les mois, elle feisait remettre, en son nom et au nom de son fils, des sommes considérables à la Soeiété pour le soulagement et la délivrance des détenus pour dettes ' ; elle faisait partie , non pas comme prolectrice honoraire , non pas comme présidente nominale, mais comme membre actif et dévoué, dje la Société maternelle, si connue par ses bonnes œuvres. Parmi les enfants des personnes attachées à son service, la petite Emestine n'était pas la seule dont die prit soin. Un officier de la chambre du Hoi (M. Ghaumont) et sa femme étant morts à peu d'intervalle, laissant trois filles en bas âge et sans fortune, elle adopta les trois orphelines, mit les deux ainées en pension, et fit élever la plus jeune sous ses yeux. Les actes multipliés de charité dont elle donnait l'exemple à ses enfants devinrent, sous l'ombrageuse responsabilité de la Fayette, l'objet d'une minutieuse surveillance. La Reine n'était plus libre de suivre le précepte de l'Évangile, qui ordonne de cacher à la main gauche l'aumône de la main

^ GeUe société, qui existe encore et compte dan« son seia tant d'hommes honorables, remonte au commencement du dix-septième siècle. — Une dame de Lamoîgnon en fut la fondatrice. — La société arah de grands privilèges; elle avak k droit de recueillir des aumônes dans tontes les églises^ et d'entrer dnnâ les prisons à toutes les heures du jour. Elle tenait des assemblées publiques, pendant la semaine sainte, dans la chapelle du Chàtelet, et le vendredi saint elle délivrait un prisonnier. Lorsque, après la révolution, cette société se forma de nouveau par les soins de la comtesse de GervîNe, elle avait parmi ses membres les plus actifs l'abbé d*Âvaux, institateur du Dauphin.

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droite ; une police méfiante cherchait des conspirations dans tous ses actes y elle siu'prenait des bienfaits. Le Roi n'était pas plus libre . dans ses mouvements ; il ne pouvait foire appeler directement près de lui les personnes qu'il désirait voir-, il fallait qu'au préalable les noms de ces personnes fussent inscrits sur une liste/ que le duc de Brissac, capitaine des Gent-Suisses , remettait au major général de la garde nationale ; et c'était celui-ci qui , d'après cette liste , distribuait à son gré les cartes d'entrée au château. La servitude imposée au dedans était secondée au dehors : si, le soir d'une chaude journée d'été, la femille royale voulait respirer un air frais , elle ne pouvait se montrer aux fenêtres du palais sans s'exposer aux invectives de la dernière populace. Le Roi était le prisonnier de M. de la Fayette, gardien d'autant plus sévère qu'il commençait lui-même à être le prisonnier de la révolution.

Cependant l'Assemblée nationale , qui , après le retour de Yarennes, avait, par un décret, retiré provisoirement à Louis XVI l'exercice du pouvoir royal, s'occupait activement de la rédaction de la nouvelle constitution. L'opinion publique était un peu calmée. Après quelques semaines de captivité, il fut enfin permis à la Reine de descendre avec le Dauphin au jardin des Tuileries. La poitrine du jeune Prince s'ouvrait avec ivresse à l'air pur qui y entrait à flots : « Mamun, s'écriait-il en bondissant, que je plains les malheureux qui sont toujours enfermés ! » Une bande d'oiseaux perchés sur les arbres les plus élevés du jardin avait attiré son attention. L'ardeur qu'il mit à la suivre des yeux, d'un arbre sur un autre, le fit trébucher et tomber dans un petit trou recouvert de feuilles vertes. Gomme on s'empressait autour de lui, « Maman , dit-il en se relevant, je suis étourdi comme l'astrologue de la Fontaine. » Et il se mit ix réciter en riant les quatre premiers vers de la fable :

Un astrolo^e un jour se laissa choir

Au fond d*uii puiu. On lui dit : Pauvre béte.

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