LIVRE IV. — JOURNEE DU 20 JUIN
Tandis qu*à peine à tes pieds tu |>enx voir, Penses-tu lire an-dessus de ta tête?
Son esprit actif et toujours présent se plaisait a faire aux petits événements de sa journée l'application des leçons qu'il avait apprises. C'est ainsi que, dans deux autres occasions, notre {][rand fiibuliste lui fournit encore une citation pleine de justesse et d'ii-propos. Sa sœur ayant parlé devant lui d'un adroit solliciteur qui , à force de flatteries , avait extorqué une pension à un ministre : « Pauvre ministre ! dit-il , moi , j'estime peu les corbeaux qui lâchent ainsi leur fromage. » — Une autre fois, après une longue promenade où il avait pris beaucoup d'exercice et fait la chasse aux papillons, il rentra avec le double appétit de l'enfant et du chasseur; le goûter se fiiisant attendre plus que de coutume, madame de Soucy réprimandait de ce contre-temps l'officier de bouche de service : « TRe grondez pas, je vous prie, madame , cela ne fera pas que je mange plus tôt :
« Patience et longueur de temps » Font plus que force ni que rage. »
Le voyage de Varennes avait donné à tous les partis l'occasion de se dessiner : les républicains commençaient h lever leur drapeau. Aussi bien, quand une assemblée peut faire arrêter le Roi, le mettre aux arrêts, le suspendre de ses fonctions, il n'y a plus de monarchie; la république existe, sinon de droit, au moins de foit. Les républicains logiques de la minorité faisaient de l'opposition aux constitutionnels, ces républicains inconséquents de la majorité, en les appelant aristocrates : c'était le nom que les constitutionnels dortnaicnt naguère aux royalistes de la droite pour les désigner ix la haine. La même arme servait à frapper, seulement elle changeait de main, et elle allait être tournée contre ceux qu'elle avait fait vaincre; c'est la loi éternelle des révolutions : les révolutionnaires de la première heure sont dévorés par ceux de la seconde.
Madame Elisabeth, qui entrevoyait cette loi, écrivait à cette date (septembre 1791) : a Tout est ici dans un vague terrible ; personne ne sait à quoi il en est. L*ÂS8emblée est très-embarrassëe; elle ne peut pas revenir sur ses pas, parce que le parti républicain prendrait le dessus-* »
L'Assemblée, dont la majorité se disting[u«ît par de grands talents, malheureusement plus théoriques que pratiques, et même par les vertus réelles de plusieurs de ses membres, commençait à apercevoir les périls de sa propre sitMation. Forte contre le Roi , elle était faible contre la foule. Aussi avait-elle bâte de mettre la dernière main à la constitution^ On croyait, dans ce temps, à l'efficacité de ces formules souveraines, qui, avec l'inconstance des volontés humaines, ressemblent trop à ces figures géométriques tracées sur le sable, destinées à mesurer le monde, et qu'un entant efface du pied en courant. Enfin, le 3 sc^ptembre 1791, fut terminé cet acte qui destituait la royauté en la proclamant, et instituait la république sous les fomies de la monarchie.
Ce jour-là mcmei M. de la Fayette se présenta devant le - Roi, dans le cabinet du conseil : a Sire, dit-il, la présentation très-prochaine de l'acte constitutionnel m'autorise à lever les gardes placés auprès de votre personne. — L'Assemblée, répondit le Roi, les a fait placer, c'est à l'Assemblée de les lever. » Déconcerté par cette réponse inattendue, la Fayette se retira sans répliquer. Le Roi fit appeler alors quelques-uns des officiers, et leur témoigna combien il était satisfoit des égards constants qu'eux et plusieurs de leurs camarades avaient eus pour sa famille et pour lui. Le même jour, ftirent retirées les consignes injurieuses qui avaient fait du Roi un otage et de son palais une prison.
Le lendemain (4 septembre 1791) une députation vint, avec une grande solennité, apporter à*Louis XVI l'acte con* stitutionnel ; Thouret, rapporteur du comité de constitution, le lui présenta en ces termes :