LIVRE IV. — J0I3HNEE DU 20 JUIN
« SiBE,
» Les représentants de la nation viennent offrir à Tacceptation de Votre Majesté l'acte constitutionnel : il consacf e les droits imprescriptibles du peuple français ; il rend au trône sa vraie di^piité et organise le gouvernement de Fempire. »
Le Roi répondit aax députés qu'il allait examiner la constitution que l'Assemblée nationale les avait chargés de lui présenter, et qu'il lui ferait part de sa détermination dans le délai le plus court que put exiger l'examen d'un objet aussi important.
Tbouret rendit compte à l'Assemblée de cette solennelle entrevue. L'Assemblée et les tribunes applaudirent. L'espérance publique se manifesta de toutes parts : elle voyait le terme de l'orage dans un pacte malbenreusement peu fiiit pour combiner sagement et maintenir en bonne harmonie l'antoîté vaincue du monarque et l'autorité victorieuse de l'Assemblée, derrière laquelle s'agitait la révolution.
Le 13 septembre, après avoir mûrement interrogé sa raison et sa conscience, le Roi adressa à l'Assemblée, par l'entremise du ministre de la justice, un message concerté avec Bamave, par lequel il acceptait l'acte constitutionnel. Le Prince était de bonne foi ; il trouvait sans doute que la charte qu'on lui présentait renfermait des principes mauvais , des dispositions dangereuses ou inapplicables ; c'est le vice de ces constitutions improvisées; mais il avait à cœur d'épargner à l'État des crises nouvelles, et au peufJe les nouveaux malheurs qu'aurait provoqués un refus de sanction. Il acceptait d'ailleurs sans regret l'amoindrissement de sa puissance. Il croyait plus volontiers le bien que le mal; peu jaloux d'une autorité sans limite et sans contrôle, il voyait dans le pouvoir moins les jouissances qu'il procure que les obligations qu'il impose. Homme, il se sentait faible; chrétien, il savait être humble, et il avait appris dans l'histoire que l'homme fait rarement
ce qu'il doit quand il fait toujours ce qu'il veut. Il s'expliquait donc les garanties que la nation demandait contre les écarts de la volonté souveraine; et le vieux pouvoir, que dans ses idées , que dans sa conscience , il tenait de Dieu même , était prêt à contracter une sincère alliance avec la liberté moderne.
Après avoir fait connaître les motifs de sa résolution , il demandait royalement que les accusations et les poursuites qui avaient pour cause les événements de la révolution fussent éteintes dans une réconciliation générale. «Je veux, disait-il en terminant, jurer la constitution dans le lieu même où elle a été faite, et je me rendrai demain, à midi, a l'Assemblée nationale. »
L'amnistie générale demandée par le Roi fut accordée à l'unanimité , une nombreuse députation alla porter ce décret aux Tuileries. La famille royale était réunie : a Voilà ma femme et mes enfants, dit Louis XVI; ils partagent mes sentiments. « La Reine s'avança et dit : « Voici mes enfants; nous accourons tous, et nous partageons tous les sentiments du Roi. n
Le lendemain lA septembre, à midi, le Roi se rendit, au bruit du canon et au milieu des expressions de la joie bniyante du peuple, au soin de l'Assemblée nationale. Ayant pris place au fauteuil qui lui était destiné :
« Messieurs, dit-il, je viens consacrer ici solennellement l'acceptation que j'ai donnée à l'acte constitution neK En conséquence, je jure d'être Hdèle ii la nation et a la loi; d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale constituante , et à faire exécuter les lois.
» Puisse cette grande et mémorable époque être celle du rétablissement de la paix, de l'union, et devenir le gage du bonheur du peuple et de la prospérité de l'empire ! »
Les applaudissements unanimes de la salle et des tribunes suivirent le serment du Roi.