LIVRE IV, — JOURNÉE DU %0 JUIN
en lampions, et ces machines de verre que, depuis deux aus, on ne peut plus nommer sans horreur ' . »
Pendant les fêtes données pour l'acceptation de la constitution, la révolution sembla s'assoupir un instant. Louis XVI dépécha secrètement M. de Fersen prés de l'empereur Léopold , le suppliant de ne pas réveiller par le cliquetis des armes le sentiment national qui s'endormait dans sa joie. Il envoya aussi le baron de Viomesnil et le chevalier de Goigny pour inviter ses frères et le prince de Gondé à opérer immédiatement le désarmement et la dispersion des émigrés. On ne tint aucun compte de cet ordre, qu'on avait lieu de croire signé par une main enchaînée.
Louis XYI , comme roi , n'a jamais voulu l'intervention ; dans les moments de découragement, il l'a peut-être désirée dans une certaine mesure, comme homme , conune époux et comme père. La régence que l'on décernait à Goblentz au comte de Provence, et qui faisait passer Louis XVI aux yeux de l'Europe pour un prince en tutelle, blessait profondément, la Reine; le Roi aussi en était humilié; mais lors même que sa pensée se fut tournée vers la possibilité d'une intervention, il n'aurait jamais accepté l'étranger pour maître, il s'en serait servi seulement comme d'un auxiliaire. Jamais ce prince vraiment Français n'eût trahi et vendu son pays; ses torts étaient ceux de sa situation , ses fautes celles de sa fortune.
Dès qu'il voyait une lueur d'espérance sur son chemin , il recommençait ix marcher, en suppliant ses amis de ne pas mettre obstacle aux efforts qu'il faisait pour satisfaire les idées nouvelles.
G 'est ainsi qu'il écrivit à Monsieur et au comte d'Artois, après l'acceptation de la constitution , la lettre qui contient ces paroles pleines de sagesse : « J'ai préféré la paix à la guerre » parce qu'elle m'a paru à la fois plus vertueuse et
' Madame Elisabeth indique, on le coin|n-end, le« lanlcrnes, dont la révo- Intion aTMt fait des machina de meurtre.
plus utile. La nation aime la constitution , parce que ce mot ne rappelle à la classe inférieure du peuple que l'indépendance où il vit depuis deux ans, et à la classe au-dessus, Tégalité. Ils blâment volontiers tel ou tel décret en particulier, mais ce n'est pas là ce qu'ils appellent la constitution. Le bas peuple voit que l'on compte avec lui , le bourgeois ne voit rien au-dessus. L'amour-propre est satisfait; cette nouvelle jouissance a fîiit oublier toutes les autres. Ils n'attendaient que la fin de la constitution pour être parfaitement heureux; la retarder était à leurs yeux le plus grand des crimes, parce que tous les bonheurs devaient airiver avec elle. Le temps leur apprendra combien ils se sont trompés; mais leur erreur n'en est pas moins profonde. Si l'on entreprenait aujourd'hui de la i*enverser, ils n'en conserveraient l'idée que comme celle du plus grand moyen de bonheur, et lorsque les troupes qui l'auraient renversée seraient hors du royaume, on pouirait avec cette chimère les remuer sans cesse, et le gouvernement se trouverait dans un système opposé à l'esprit public, et sans moyen pour le contenir ^ »
Il est impossible de mieux voir et de mieux dire, et le malheureux Louis XYI marchait, comme une victime dévouée, vers le but fatal auquel le poussaient à la fois les attaques haineuses de ses ennemis et les services imprudents de ses amis.
Quelques jours après le serment prêté à la constitution-, le Roi fut prié de donner à l'Assemblée nationale constituante , en commémoration de la nouvelle ère, un tableau dans lequel il serait représenté montrant à son fils l'acte constitutionnel. Les événements qui surgirent bientôt mirent obstacle à l'exécution de ce projet eu emportant le Roi , puis la constitution.
La constitution disait, chapitre II, section III, article IV, qu'rf serait fait une loi pour régler l'éducation du Roi mineur, et celle de V héritier présomptif mineur; mais cette disposition
1 Arcliives de rEinpirc, série liUtorique, carton des Roh, K. ^163.