‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 9 sur 264 · LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. tl · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — VERSAILLES. tl

de Tannée suivante; et les vieux états généraux, tombes en désuétude depuis Richelieu , ne préludèrent à leurs travaux qu'en assistant aux funérailles de l'héritier de la monarchie , qui semblait reculer jusque dans le tombeau pour éviter une Jamentable destinée.

Déjà y en 1787, la Reine avait perdu une fille en bas âge*. La moi*t de ces deux enfants fut le premier anneau de cette chaîne d'afflictions réservée à la maison royale. L'enfance du duc de Normandie était, jusqu'au mois de juin 1789, demeurée conune inaperçue; la mort de son frère aine fit reporter sur lui les regards et les espérances de la France , et lui imposa ce titre de Dauphin* qui soumet un prince à l'apprentissage et aux obligations de la royauté future. Mais il étKît encore trop jeune pour savoir jusqu'à quel point il avait à regretter son frère. Heureux âge! il ne pouvait apercevoir encore le royal et terrible héritage auquel cette perte, selon toute apparence, devait le condamner dans un avenir lointain ; et de toute la succession fraternelle sa pensée enfantine ne recueillait que la possession immédiate d'un joli petit chien qui , après avoir appartenu au Dauphin , lui appartînt à son tour, et qui répondait au nom de Motifflet.

Louis XYI, qui partageait également ses affections entre ses enfants, reporta sur le duc de Normandie cet intérêt particulier, sinon exceptionnel, qu'un roi doit à celui que sa naissance appelle à occuper après lui le rang suprême. La Reine, de son côté, lui donna les soins les plus attentifs et les plus assidus; elle voulait être l'institutrice aussi bien que la mère de son fils.

Il avait alors un peu plus de quatre ans. Sa taille était

1 Sophie- Ilélèoe-Béatris, de France, née à VerMjiled le 9 juillet J786.

2 Dans la journée mémo du 4 juin, M* de Villedeuil, secrétaire d'Etat au déprteraent de la maison du Itoi, d'après Tordre qu'il en avait reçu de Sa Majesté, annonça (en présence d« la diielicme de Poli{>oac, gouvernante des Enfants de France) à Monsei^jneur le duc de Normandie que le Roi venait de le proclamer Dauphin.

(Journal poiitiffue de Bruxeiietf n« 24, 13 juin 1780.)

fine, svelte, cambrée, et sa démarche pleine de grâce; son front large et découvert, ses sourcils arqués; je peindrais difficilement Vangélique beauté de ses (prands yeux bleus, frangés de longs cils châtains; son teint, d*nne éblouissante pureté, se nuançait du |)lu$ frais incarnat; ses cheveux, d'un blond cendré, bouclaient naturellement et descendaient en épais anneaux sur ses épaules; il avait la bouche vermeille de sa mère, et, comme elle, une petite fossette au menton. On retrouvait dans sa physionomie, à la fois noble et douce, quelque chose de la dignité de Marie- Antoinette et de la bonté de Louis XVI. Tous ses mouvements étaient pleins de grâce et de vivacité; il y avait dans ses manières, dans son maintien, une distinction exquise, et je ne sais quelle loyauté enfantine qui séduisait tous ceux qui rapprochaienL Sa bouche ne s'ouvrait que pour foire entendre les naïvetés les plus aimables. On l'admirait en le voyant, on Taimait après l'avoir entendu. Les enfants et les princes sont ordinairement personnels; mais celui-ci n'avait ni l'égolsme des princes ni l'égoïsme des enfonts, qui sont des rois à leur manière. Il ne songeait jamais qu'aux autres ; il était tendre pour ceux qui l'aimaient, attentif pour ceux qui lui parlaient, prévenant pour ceux qui le visitaient, poli pour tout le monde. Ces excellentes qualités étaient toutefois tempérées par une vivacité et une impatience singulières; il souffrait avec peine le joug des femmes commises à son service , et combattait de toutes les forces de son âge la règle établie pour son lever et son coucher; son indocilité cessait à la vue de sa mère.

C'est qu'il trouvait en elle l'ascendant de l'autorité aussi bien que l'influence de l'aflection. Aussi avait-il pour elle amour et respect. Cette haute et tendre institutrice savait façonner son caractère , rectifier ses défauts en même temps que lui épargner des peines. Chargée de son instruction avant qu'il passât entre les mains des précepteurs, il n'est sorte de moyens qu'elle n'inventât pour mettre à sa portée les éléinents des premières connaissances. Les principes de la lec-

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