‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 82 sur 264 · LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN. fUT · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN. fUT

l'œil se repose avec un charme mélancolique sur les derniers beaux jours de cette vie qui devait compter si peu de jours I

Lorsque Tacte constitutîoiinel eut été accepté par le Boi, TAssemblée nationale substitua au nom fintueux de Consli** tuante qu'elle s'était donné, le nom plus modeste de Législative y et son^a à mettre un terme a ses travaux ; s'apercevaut qu'elle perdait de soa crédit et de sa popularité , elle se bâta de convoquer les assemblées primaires. Le 30 septembre, le Roi fit en personne la clôture de l'Assemblée; de longs cris de Vive le Roi! lui interdirent un moment la parole et le saluèrent encore à son départ.

L'Assemblée nationale constituante déposa donc la raa^ ponsabiiité des événements, laissant, en présence d'une con<> stitution déUle, des tribuns audacieux et un roi amnistié, qui rentrait sorts force dans son palais et sans autorité dans son pouvoir.

Le l*' octobre, la nouvelle législature se réunit, et, dès son début, elle annonça les divisions qin devaient éclater dans son sein , et les obstacles qu'elle devait apporter à la marche du pouvoir exécutif.

La Constituante, par abnégation ou par un sentiment de jalousie contre les diefs de la minorité 'dont le parti devait avoir l'avantage dans les élections , avait décidé qu'aucun de ses membres ne pourrait être réélu. C'était un danger de phis pour la royauté. A une assemblée qui devait à ses fautes mêmes un commencement d'expérience, succédait une assemblée complètement inexpérimentée. Le second ban révolutionnaire arrivait afFamé de destruction, parce qu'il n'avait pas encore détruit; le niveau descendait encore, les Girondins allaient être bientôt les chefs de la majorité. Cette verve révolutionnaire éclata avec violence dès le début. Une lettre du Roi , qui annonçait son intention de se rendre dans l'Assemblée pour y prêter le serment constitutionnel, ayant été lue, des clameurs violentes s'élevèrent : on mit à l'instant même en question s'il était de la dignité des représentants

d'un peuple libre de foire usage en parlant au Roi des appellations de sire et de majesté, et rAssemblée décréta que deux fauteuils semblables seraient placés au bureau , et que le Roi occuperait le fauteuil placé à la gauche du président. C'était aller trop vite et trop loin. La bourgeoisie de Paris s'émut y la garde nationale s'indigna, et la clameur publique obligea l'Assemblée k rapporter le décret. Cette réaction passagère en faveur de la royauté est facile à expliquer : on était sous le charme de la nouvelle constitution, qui fanatisait les esprits vulgaires habitués à juger les choses par les mots. Cette constitution rassurait les honîimes timides, qui, satisfaits de l'amoindrissement de la royauté, avaient bien contribué à l'énerver, mais ne voulaient pas la détruire. Elle inspirait une confiance aveugle à cette partie saine mais peu éclairée de la nation, qui n'apercevait pas que cette constitution plaçait un roi sans autorité en présence d'un peuple sans modération , et que les faibles armes qu'elle laissait entre les mains de Louis XYI ne pouvaient lui servir qu'à se blesser lui-même. Quand on vit la Législative prendre en arrivant une attitude si agressive, on s'alarma et on s'irrita contre cette assemblée qui venait, à son début , déranger et peut-être briser les rouages qu'on avait eu tant de peine à combiner dans le mécanisme des institutions politiques, et il y eut un vif mouvement de réaction en faveur du trône constitutionnel. En voulant entraîner l'opinion plus loin qu'elle ne voulait aller, la Législative l'avait fait reculer vers la royauté, qui eut sa journée de popularité.

Les traces de deux ans d'outrages, les souvenirs de Varennes s'effacèrent dans cette journée : un dernier rayon d'espérance se glissa dans le cœur du Roi et de la Reine; un dernier souffle de bonheur sembla un moment purifier l'air chargé d'orages qui les environnait. Gardant pour eux seuls les soucis et les chagrins, ils voulurent associer leurs enfants à leur plaisir : le samedi 8 octobre, ils les conduisirent au

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