‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 84 sur 264 · LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN

ratrice de Russie, qui avait adhéré à Fagression des puissances contre fai révolntioa , faisait marcher ses troupes sur la Pologne. L'empereur Lëopold, ce prioee philosophe qui paraissait apporter au trône impérial les. idées d'un sage, préludait à la guerre par son couronnement à Francfort.

Cette attitude naenaçante de l'étranger exaltait, comme cela devait être , le sentiment national qui alhnt donner une si grande force à la révolution. La violence était partout dans les idées, elle entra dans les actes.

Pétion fut nonuné maire de Paris (18 novembre 1791), et Manuel procureur- syndic de la commune. L'hiver se passa en luttes continuelles entre le gouvernement et l'Assemblée; l'esprit de déscH^dre courut de province en province. Les meneurs se sentirent puissants : ils avaient vu que, pour sau» ver le navire dans le naufrage, Louis XVI avait été contraint de laisser jeter pardessus le bord, lambeau por lambeau, l'autorité royale; il ne restait plus qu'à y jeter la royauté elle-même.

Aux bruyantes séditions de l'intérkur répondaient déjà les échos de W<M*ms et de Coblentz; vingt-deux mille Français se pressaient, au delà de nos frontières, autour de sept princes de la maison de Bourbon : sourde aux conseils de son Roi malheureux, l'émigration en appelait aux armes. Ne la jugeons pas toutefois avec les idées du patriotisme moderne. On nomme aujourd'hui trahison ce qu'on appelait alors fidélité j et désertion ce qui étut honneur. Cette noblesse militaire, liée par ses serments au trène, n'avait cessé de considérer le Roi comme la pairie vivante. Elle avait volontiei*s accepté ou généreusement offert le sacrifice de ses titres personnels , de ses charges kéréditaires, de ses avantages sociaux ; mais elle ne pouvait se résigner à l'anéantissement ou à la servitude de l'autorité royale, que son devoir était de défendre. Elle avait d'ailleurs des complices dans toutes les femilles. Les fenunes, avec leur imagination tendre, passaient du côté des victimes; les mères et les soeurs exhortaient les enfants et les frères à

aller leur chercher des vengeurs. Ceux qui ne partaient pas étaient par elles traités en lâches et recevaient une quenouille, symbole de faiblesse et de pusillanimité.

Ce temps n*appartient plus h la politique, il appartient a l'histoire, qui doit comprendre le dévouement sous toutes les formes et sous tous les drapeaux. Qui oserait les flétrir? Qui pourrait ne pas les plaindre? Tous croyaient obéir à un devoir, a la loi de l'honneur, cette vieille religion des Français. Les ordres de leur Roi ne les troublaient pas : ses paroles constitutionnelles étaient pour eux des paroles forcées qui voilaient une tout autre pensée. L'émigration fut un malheur et une faute ; mais l'empereur Napoléon P' a cru la bien juger en prononçant cette parole : « Les émigrés, en sortant de France , ne firent que se rendre à l'appel de leurs capitaines généraux, les princes, qui étaient dehors. »

Certaine de l'impuissance de la voix de Louis XVI, l'Assemblée législative voulut, par des menaces, remédiera la stérilité de la lettre et de la proclamation royales adressées aux princes et aux émigrés. Elle requit, par un décret, Louis-Stanislas-Xavier, prince français, de rentrer sous deux mois dans le royaume, faute de quoi il serait déchu de son droit éventuel à la régence. Par un autre décret plus rigoureux, elle déclara en état de conspiration contre la patrie tout Français faisant partie des attroupements formés hors du royaume, et prononça la peine de mort contre ceux qui , le 1"' janvier 1792, n'auraient pas déposé leurs armes rebelles. Les princes et les émigrés pouvaient être coupables d'erreur et d'imprudence politique, ils ne le furent pas de lâcheté. Nul ne tint compte des menaces de l'Assemblée. Le Roi arrêta par son veto les décrets relatifs aux émigrés et aux prêtres insermentés. Le directoire du département de Paris, où régnait encore un reste d'esprit monarchique, lui avait remis une adresse pour le supplier de refuser sa sanction au décret rendu contre le clergé : « Puisque aucune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit un crime. » André

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