‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 88 sur 264 · LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN. J · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN. J

heureux de l'excessif assujettissement où nous tenaient auprès de lui les tristes circonstances dans lesquelles nous nous trouvions'. »

Le Prince royal touchait à sa septième année. C'était, dans les traditions de la maison royale, l'âge où un fils de France était remis aux soins d'un gouverneur. La loi annoncée par l'Assemblée constituante et qui devait régler l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne, n'était pas fiiite. Les meneurs de l'Assemblée législative voulurent suppléer à l'absence de cette loi, en arrêtant au moins la liste des candidats parmi lesquels le Roi aurait à choisir le gouverneiu* du Prince royal. Cette liste, sur laquelle figuraient en première ligne les Sieyès, les Condorcet et les Pétion, tomba à l'instant dans le discrédit par l'adjonction d'un certain nombre de noms obscurs et misérables. Quoique l'opinion publique, exaltée par les journaux, demandât que l'Assemblée empiétât sur la volonté du père, et nommât immédiatement un gouverneur h son fils, quatre-vingt-douze noms appuyèrent seuls dans l'Assemblée la motion ouverte à ce sujet ; un rire général les accueillit, et la question fiit ajournée. Louis XVI profita du ridicule qui s'attacha tout d'abord à cette ouverture, pour prendre lui-même l'initiative dans cette affaire. Il écrivit de sa main au président de l'Assemblée la lettré suivante, qui arriva à sa destination par Tentremise du garde des sceaux Duranthon :

« 18 avril 1792.

« Je vous prie, monsieur le président, de prévenir l'As- » semblée nationale que mon fils ayant atteint l'âge de » sept ans, j'ai nommé pour son gouverneur M. de Fieu- » rieu : sa probité et ses lumières généralement reconnues, » ainsi que son attachement à la constitution, ont déterminé » mon choix.

» Je ne cesserai jamais de recommander au gouverneur du

* Mémoires inédits de madame de Tourte!,

» Prince royal de lui inspirer de bonne heure le re^[>ect pour » la justice, l'amour de l'humanitë, et toutes les vertus qui ff conviennent au roi d'un peuple libre ; de lui apprendre y> qu'un roi n'existe que pour le bonheur de tous; qu'appelé » à maintenir l'exécution des lois, sa plus grande force pour » contraindre les autres à leur obéir est l'exemple qu'il en » donne lui-même.

» J'espère que mon fils se rendra digne un jour de l'amour » des Français par son attachement à la constitution, son » respect pour les lois, et son application constants à tout ce » qui peut assurer la prospérité publique.

» L'Assemblée nationale reconnaîtra sûrement dans ma » démarche, que je saisis toujours avec empressement toutes » les occasions d'entretenir l'barmonie et la confiance qui » doivent exister, pour le bonheur des Français, entre tous « les représentants de la nation. »

Cette notification inattendue déconcerta les coryphées de rAssemblée, et, s'il faut en croire le témoignage d'un de ses membres, elle blessa profondément un homme qui aurait été déjà autorisé secrètement par le Roi lui-même à prétendre h cette haute fonction. Oui, dans un ouvrage publié en 1814', normand (de la Meuse) affirme que Louis XVI , pour paralyser OU' au moins pour déjouer la faction de l'anarchie, s'était laissé entraîner à promettre la place dont il s'agit à Robespierre!... Il donne des détails très^irconstanciés sur une prétendue négociation entamée à ce sujet, détails que d'autres écrivains ont répétïés. Nous ne combattrons- pas une opinion qui a trouvé peu de crédit chez les gens sérieux ; nous dirons seulement que la nomination feite pur Loai&XVI n'eut pas de suite ; le seul avantage qui en résulta fiit d'empêcher les factions de s'immiscer dans l'éducation du jemie Prince. M. de Fleurieu ne fut pas installé, et le Roi et la

^ Sous ce titre : Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements de la révolution. Cet opuscule a été réimprimé en ftSSO.

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