LIVRE IV. — JOURNEE DU 20 JUIN
Reine surveillèrent, comme pgr le ptis^é, rinstrnction de leur fils. On verra par la suite quel devait être le véritable gouverneur que la rëvokilioii réservait à Théritier de la monarchie de Lenis XIV.
Privé de Taf^ui des bons citoyens, traqué par les pervers, Louis XYi fîit dépouillé de tout prestige, mais il ne fut pas vaincu dans sa conscience : on obtint tout de lui, hormis une compUcité impossible. Isnard avait demandé , au milieu des applaudissements de l'Assemblée, que les prêtres non assermentés, c'esi-à-dîre fidèles à leur serment d'obéissance à l'Église, fiisseiit chassés du royaume, et, si des plaintes fondées s'élevaient contre eux, punis de mort. Tandis qu'il s'écriaît en* proscrivant Dieu lui-même : « Mon Dieu, c'est la loi , je n'en ai pas d'autre, je n'en veux pas d'autre » , Louis XVI continuait à adorer le Dieu du eiel et de la terre.
Par «ne fatalité logique de la situation, les «tenaces d'une lutte extérieure grandissaient avec les troubles et les désordres du dedans , et les colères du dedans s'exaltaient par la nouvelle des» préparatifs qui se faisaient au dehors. Louis XVI fut donc amené par la force des circonstances à proposer à l'Asseaiblée de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie : TAssemblée répondit par une formidalile acclamation. Tout le monde comptait sur cette guerre : les royalistes espéraient en voir sortir un général qui dominerait la révolution et sauverait la monarchie ; les constitutionnels, que ce général serait la Fayette , appelé à leur donner l'empire sur la révolution et sur le Roi; les montagnards, — du moins pour 11» plupart, — que le mouvement passionné des esprits^ excité par le choc des armes, emporterait tes monarchistes , les constitutionnels et la royauté, et q\ie le pouvoir demeirrerait aux plus énergiques et aux plus audaeieux.
L'anniversaire du voyage de Varennes était aussi l'anniversaire du serment prêté par le tiers état au jeu de paume de Versailles : le retour de cette double époque , le souvenir de ces deux événements, paraissaient oflFrir l'occasion de
réveiller la fièvre populaire etjde punir le monarque désobéissant du veto obstiné que n'avaient pu fléchir ni les prières ni les menaces. Le 20 juin , des attroupements se formèrent dès le matin ; composés d'abord des sans-culottes des feubourgs Saint*Antoine et Saint-Marceau, ils se grossirent en route d'une multitude en guenilles, armée de JFusils et de piques, rassemblement aussi hideux que celui qui , au début de la révolution, avait paru à Versailles : hommes, femmes et enfants , au nombre de trente mille , sous la conduite de Santerre, brasseur de bière, qui, dès le commencement des troubles , avait acquis un dangereux ascendant sur la populace de son quartier, marchèrent divisés en trois bandes, et défilèrent pendant quatre heures dans la nie Saint-Honoré , d'où ils firent irruption au sein de l'Assemblée législative ; là, ils voulurent donner lecture de la pétition qu'ils allaient porter aux^Tuileries, afin d*obtenir la sanction des décrets.
Trois officiers municipaux vinrent dire au Roi que l'As* semblée était gênée par l'affluence de la multitude, et que les passages étaient si encombrés que les portes pourraient être forcées ; sur leur demande, le Roi consentit à laisser cette armée de pétitionnaires défiler le long de la terrasse des Feuillants et sortir par la porte du Manège. Madame Elisabeth , témoin et presque victime de ces tristes scènes , les a retracées dans une lettre (3 juillet 1792), h une époque où elles étaient encore, pour ainsi dire, sous ses yeux. « Peu de temps après, dit-elle, les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château, *où il y avait trois rangs de gardes nationaux; ils sortaient par la poile du pont Royal, et avaient l'air de passer sur le Carrousel pour regagner le fiaubourg Saintr-Antoine. A trois heures, ils firent mine de vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux l'ouvrirent. Là garde nationale, qui n'avait pas ])u parvenir à oblenir des ordres depuis le matin, eut la douleur