‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 90 sur 264 · LIVUE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVUE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN

de les voir traverser lu cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avait donné ordre de repousser la force |>ar la force ; mais la municipalité n'en avait pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Uoi. Le peu de personnes qui étaient chez son valet de chambre vinrent nous joindre. On ferme les portes; un moment après iious entendons cogner : c'étaient Âclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il amenait; il demande au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa première antichambre; là', M. d'Hervilly vint le joindre avec encore trois ou quatre {jrenadiers qu'il avait engagés à venir avec lui. Au moment où le Roi passait dans son antichambre, des gens attachés à la Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la Reine était-elle partie, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi , dans cet instant , monta sur des cofiîres qui sont dans les fenêtres; le maréchal de Mailly, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau , environnée des ministres et de quelques gardes nationaux. Les piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchaient le Roi, et surtout un qui tenait les plus mauvais propos. Un grenadier rangea son arme en disant : Malheureux! c'est ton roi! Le reste des piques répondit machinalement à ce cri ; la chambre fut pleine en moins de temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des ministres. Pendant quatre heures le même cri fut répété. Des membres de l'Assemblée vinrent peu de temps après : MM. Vcrgniaud et Isnard parlèrent bien au peuple pour lui dire qu'il avait tort de demander ainsi au Roi sa sanction , et l'engagèrent à se retirer; mais ce fut comme s'ils ne parlaient pas. Ils étaient bien longtemps avant que de pouvoir se faire entendre ; et à peine avaient-ils prononcé un mot que les cris recommençaient. Enfin Pétion et des membres de la municipalité arrivèrent : le premier harangua le peuple, et après avoir loué la

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dignité et V ordre avec lequel il avait marché, il l'engagea à se retirer dans le même calme, afin que l'on ne pût lui reprocher de s'être \\\vé à aucun excès dans une fête civique. Enfin le peuple commença à défiler. J'oubliais de vous dire que, |)eu de temps après que le peuple fut entré, des grenadier» s'étaient ftiit jour et l'avaient éloigné du Roi. Revenons à la Reine, que j'ai laissé entraîner malgré elle chez mon neveu : on avait emporté si vite ce dernier dans le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez hii. Vouspouvez^ imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue et M. de V., officier, étaient avec lui ; enfin on le lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi ; les personnes qui l'en-» touraient l'en empêchèi^nt. Un moment après, on entendit enfoncer les portes : il y en avait que le peuple ne put trouver, et trompé par un des gens de mon neveu qui lui dit que la Reine était à l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là les grenadiers entrèrent dans la^ chambre du conseil : on la mit, et les enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant elle. Une femme lui mit un bonnet rouge sur la tète, ainsi qu'à mon neveu. Le Roi l'avait eu presque du premier moment. 8anterre, qui conduisait le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompait en lui disant que le peuple ne l'aimait pas ; qu'elle était aimée : il l'assura qu'elle n'avait rien à craindre. a On ne craint jamais rien, répondit-elle, lorsque Von est avec de braves gens. » En même temps elle tendit la main aur grenadiers qui étaient auprès d'elle et qui se jetèrent tdlis dessus. Cela fut fort touchant.

» Les députés qui étaient vcmus, étaient venus de bonne volonté. Une vraie députation arriva, et engagea le Roi à rentrer chez lui. Gonrnie on me le dit, et que je ne voulais pas me trouver seule dans la foule, je sortis environ une heure avant lui ; je rejoignis la Reine , et vous jugez avec quel plaisir je l'embrassai : j'avais pourtant ignoré les risques

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