‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 91 sur 264 · LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN

qu'elle avait courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent à son cou. Des députés qui étaient là fondaient en larmes; les députations se relevèrent de demi-heure en demi'heure, jusqu'à ce que le calme ftkt rétabli totalement. . . A dix heures le château était vide , et chacun se retira chez soi. 9

Ce récit plein d'une dramatique simplicité, et où se reflète quelque chose de la confusion des scènes qui y sont racontées, fait toucher du doigt le mécanisme de la journée du 20 juin. Le château fat livré par la municipalité, c'est-à-dire par Pétion , et livré de deux manières : d'abord les municipaux en ouvrirent les portes, ensuite les ordres de la municipalité manquèrent à la garde nationale, qui en aurait interdit l'accès. Il faut remarquer ensuite que les ennemis de la royauté osaient tout contre elle, et que ses défenseurs n'osaient rien contre la révolution. Le dénoùment de la lutte était écrit dans ce contraste , et la journée du 20 juin annonçait à la France les malheurs qui suivirent. « Au nom du Ciel, écrivait Gerbert près de neuf siècles auparavant, empêchez l'insurrection contre votre maître et le Christ : le règne de la foule , c'est la mort des royaumes. »

Au lieu d'empêcher, l'Assemblée laissa tout faire ; la députation officielle n'arriva que lorsque tout fut terminé. Le château envahi, ce fut une scène de confusion inexprimable : ici le Roi, là Madame Elisabeth, plus loin et plus tard la Reine, entourés d'une poignée d'hommes fidèles et formant des groupes qui présentaient l'image d'Ilots perdus au milieu d'une mer révolutionnaire. Il est nécessaire seulement d'ajouter quelques détails à ceux qui viennent d'être donnés par Madame Elisabeth ; son angélique modestie en a dissimulé quelques-uns, parce qu'ils étaient à sa gloire; d'autres ont échappé à ses regards , parce que ce drame se composait d'épisodes, et que chacun des membres de la famille royale ne voyait que le point de la bataille dans

lequel il se trouvait engagé. Au moment où Madame Elisabeth venait d'être séparée du Roi par la foule, et poussée vers une embrasure de croisée, des piques, comme elle dit, la prennent pour Marie- Antoinette : « Ah! voici l'Autrichienne! s'écrient- ils; il nous faut la tète de l'Autricliienne ! » Et les piques se dressent aussitôt : « Qu'allezvous faire? s'écrie M. de Saint-Pardoux , écuyer de Madame Élisabetli; ce n'est pas elle! — Pourquoi les détromper? lui dît Madame Elisabeth ; leur erreur peut sauver la Reine. > Et détournant de la main une baïonnette qui touchait presque sa poitrine : « Prenez garde, monsieur, dit-elle avec douceur, vous pourriez blesser quelqu'un , et je suis sûre que vous en seriez fâché. »

Le fer s'émousse, la haine s'adoucit devant cette parole inattendue. Les forcenés s'apprêtent alors à lire leur pétition : « Ce n'est pas le moment de proposer, dit le Roi d'une voix ferme, ni le moment d'accorder. » Un jeune homme de vingt-deux ans, d'une physionomie douce et agréable, s'écrie alors qu'il faut égorger toute la famille royale*. Un autre, plus imberbe encore, appuie, en vociférant, la motion de son aîné*. Un troisième, d'un aspect hideux, portant sur la tète un bonnet de carton avec cette inscription : La Mort, ne profère aucune menace ; mais, muet et livide , il regarde Louis avec un œil rouge de sang , et suit ^tous ses mouvements avec des contorsions effroyables. Un quatrième, favori du boucher Legendre, qui apparaissait près de lui dans cette scène d'horreur, place un bonnet rouge sur la tête du monarque. Un cinquième s'agite dans la foule, et brandissant un bâton armé d'un long dard, s'écrie: « Où est-il, que je le tue ! » iTn garde national saisit l'insensé, et le jetant aux pieds de Louis XVI , l'oblige à crier : Vive le Roi * ! Un sixième présente à Louis XVI un verre et une bouteille, et

^ Il «^appelait ClémenL

^ Il s'appelait Bourgoing.

* Ce garde national s'appelait CannoUe,

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