LIVRE IV. — JOURNÉE DU 20 JUIN. 19S
députe vers Votre Majesté pour lui demander si elle a quelques craintes sur la tranquillité de sa personne, et l'assurer que si elle était troublée, elle se rendrait aussitôt auprès d'elle. — On m'assure que Paris est calme pour l'instant, répondit le Roi; s'il cessait de l'être, j'en ferais prévenir l'Assemblée nationale. Dites-lui, messieurs, combien je suis touché de l'intérêt qu'elle me témoigne, et qu'au moindre danger qu'elle courrait, je me rendrais auprès d'elle avec le même empressement. »
Une demi-heure après , Pétion se présente chez le Roi et lui dit : ft Sire, nous avons appris que vous avez été prévenu qu'un rassemblement se portait sur votre château ; c'est pourquoi nous venons vous informer que ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter un mai. Je sais, Sire, que la conduite de la municipalité a été calomniée, et cependant sa conduite sera connue de tous. — Elle doit l'être de la France entière, répond le Roi. Je n'accuse personne en particulier. J'ai tout vu. — - Elle le sera , répond Pction , et , sans les mesures de prudence que la municipalité a prises , il aurait pu arriver des événements beaucoup plus fâcheux , non pas pour votre personne , parce que vous avez pu vous apercevoir qu'Elle , elle a été respectée. » Le regard et le geste de l'insolent visiteur ayant paru exclure la Reine de ce sentiment pubUc de respect qui lui était dû, a Est-ce me respecter, s'écrie Louis XVI, que d'entrer chez moi à main armée , forcer ma garde et briser mes portes? Ce qui s'est passé hier est un vrai scandale pour tout le monde... » Et comme Pétion invoquait l'étendue des devoirs imposés à sa responsabilité : « Taisez- vous, continue le Roi avec autorité, faites votre devoir : vous répondez de la tranquillité de Paris, vous m'en répondrez; adieu. »
Pétion fut à peine sorti que le Prince royal, qui avait
suivi avec une attention inquiète tous ses mouvements , se
jeta dans les bras de sa mère en lui disant : « Maman , ce
monsieur est méchant, mais il est bien malheureux aussi, car il ne vous connaît pas. Pourquoi donc l'a-t-on nommé maire de Paris? «^
Les afFronts commis et les crimes projetés dans la journée du 20 juin , la proclamation royale qui les dénonçait à la France, avaient encdre une fois Fait éclater les symptômes d'une réaction favorable : Louis XVI, pour un moment encore, eut la supériorité sur ses ennemis. Quelques jours après, le département de Paris, qui avait ordonné une information sur les troubles de cette journée, suspendit provisoirement de ses fonctions le maire et le procureur général de la commune. Pétion puisa de nouvelles forces dans cette disgrâce momentanée , qui le rendit naturellement plus cher h la populace, et disposa en sa faveur la société des Jacobins et l'Assemblée législative elle-même.
A la nouvelle des attentats du 20 juin, le général la Fayette, dont le nom exerçait encore une certaine influence sur l'opinion , vint apporter a la barre de l'Assemblée les plaintes de son armée (28 juin 1Ï92), « qui avait, disait-il, partagé l'indignation et les alarmes éprouvées par tous les bons citoyens au sujet des violences commises aux Tuileries. » Il supplia l'Assemblée d'ordonner que les instigateurs et les chefs de ces violences fussent poursuivis et punis comme criminels de lèse-nation ; de détruire une secte qui envahissait la souveraineté nationale, tyrannisait les citoyens, et dont les débats publics ne laissaient aucun doute sur l'atrocité des projets de ceux qui la dirigeaient. Il la conjurait enfin de prendre des mesures efficaces pour faire respecter les autorités constituées, et de donner à l'armée l'assurance que la constitution ne recevrait aucune atteinte dans l'intérieur, tandis que de braves Français prodiguaient leur sang pour la défendre aux frontières.
La Fayette, s'il eût exigé que l'Assemblée prononçât, séance tenante, sur la proposition qu'il lui présentait et qui excitait de vifs applaudissements, aurait peut-être emporté un