‹ Louis XVII (volume 2)Chapitre 98 sur 264 · LIVRE IV. — JOUUINKE DU 20 JUIN · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — JOUUINKE DU 20 JUIN

vote favorable; mais il n'y avait pas dans son caractère assez de résolution pour frapper un coup décisif. Il ne savait pas assez qu*il faut des digues a la société comme à TOcéan , et que le gouvernement des peuples ne se passe pas mieux de la force que de la justice. Avec un fonds de probité incontestable, avec un amour sincère de l'hymanité, la Fayette a constamment laissé à ses adversaires le temps de mener a terme leurs projets; muni de tous les moyens de prévoyance, il n'a jamais rien empêché ; toujours plus disposé à régulariser la révolte qu'à la prévenir, il a trop justifié le reproche qu'on lui fit alors de ne savoir se montrer que pour mettre un certain ordre dans le désordre. Le Roi, de son côté, n'avait rien de ce qu'il fallait pour suppléer au défaut d'énergie de la Fayette; l'initiative que le général attendait, le Roi ne savait pas la donner. Tous deux fidèles à la constitution et résolus à ne rien tenter que dans ses limites, le Prince ne pouvait recourir à un coup d'État qui eût faussé son serment, et le général aurait craint de seconder un mouvem'ent qui eût replacé trop haut le monarque sur son trône. Louis XVI n'aimait pas la Fayette, auquel il croyait devoir une partie de ses infortunes ; Pétion n'aimait pas Louis XYI, auquel ses jalouses susceptibilités n'avaient point pardonné la dédaigneuse indifférence qu'il lui avait montrée en revenant de Yarennes, en présence des égards marqués qu'il avait prodigués à Barnave. On .est quelquefois tenté de croire qu'avec le secours de ces deux, hommes, dont l'un conduisait l'armée et l'autre le peuple , le Roi eût épargné à sa patrie , comme a sa race, une effroyable catastrophe ; mais quand on y réfléchit plus profondément, on s'aperçoit que si M. de la Fayette et Pétion n'avaient pas eu, celui-là les défauts, celui-ci les vices qui les empêchèrent de jouer ce grand rôle, ils n'auraient point obtenu la faveur populaire qui les avait mis en ligne pour le jouer : car le peuple aime surtout ses idoles à cause de leurs défauts et de leurs vices. C'est là une préoccupation perpétuelle de l'historien comme du lecteiur de la

révolution, toujours tente de croire que si Ton avait agi autrement, on n'aurait pas péh; quand il serait peut-être plus vrai de dire qu'on aurait autrement péri. Du reste, ces trois hommes, qui avaient suivi des routes si diverses depuis le début de la révolution , marchaient vers leur écueil : le Roi vers Téchafaud du 21 janvier, la Fayette vers la prison d'Olmutz, Pétion vers ce bois sinistre où son corps devait servir de pâture aux loups et aux oiseaux de proie.

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