‹ Louis XVIIChapitre 102 sur 206 · LIVRE XVIII. — AGONIE ET MORT · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — AGONIE ET MORT

je le boirais ? s'écria-t-il avec impatience , eh bien ! donne , je vais le boire. » Depuis ce moment, il se conforma avec -docilité à ce qu^on exigea.

La République victorieuse avait repoussé Tétranger : des succès prodigieux remportés par nos armées avaient chassé Tennemi loin de nos frontières. Mais bien que la mort de Robespierre eût mis un terme à la terreur, Fagitation révolutionnaire continuait. La Vendée inquiétait le sommeil des dictateurs. Quelques membres modérés de la Convention, dont les mains étaient pures du sang de Louis XVI, furent chargés d* entamer des négociations avec les chefs de l'armée catholique et royale. Charette, au bout de ses ressources, manquant des munitions de guerre les plus nécessaires, accepta avec empressement les ouvertures des comités de la Convention. On conclut un armistice dont les articles publiés portaient que les Vendéens auraient le libre exercice du culte catholique , la mainlevée des séquestres qui avaient été mis sur les biaas des insurgés , et que le gouvernement de la République rembourserait deux millions de francs de bons , la plupart à Teffigie de Louis XVII, mis en circulation par les chefs de Farmée royale * .

On assura même que plusieurs clauses restées secrètes traitaient de la remise du jeune Roi aux armées de la Vendée et de la Bretagne, et du rétablissement du culte catholique dans toute la France. On devine avec quelle vivacité ces propositions furent combattues dans les comités. On cria de toutes parts à la contre-révolution. L'insurrection du !•' prairial an III (20 mai 1795) fut organisée; elle poussa des émeutiers armés jusque dans le sein de la Convention, et demanda, par leur voix, (lu pain et la Constitution de 1793. La faction qui avait écrasé Robespierre gardait , sous le masque de la modération , la même ambition jalouse, le même despotisme ombrageux.

1 Nous donnops ici la reproduction parfaitement exacte d'un de ces bons, qne posséda la Bibliothèque impériale du Louvre.

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Mieux éclairée sur la véritable situation des Vendéens et des Chouans , elle ne s'engagea point à leur remettre l'héritier de la couronne, et n'eut, quoi qu'on en ait dit, aucune relation sérieuse avec le baron de Cormatin, major général de l'armée catholique et royale de Bretagne , chargé de venir chercher à Paris les enfants de Louis XVI. Bien plus, afin d'occuper les esprits et de créer une diversion aux espérances qui déjà suivaient le fantôme de la Royauté du côté de l'Ouest, cette facticfn souveraine imagina et fit répéter par la plume de Mercier, et de quelques autres journalistes ou députés , la nouvelle de la prochaine nomination du Dauphin au trône- de Pologne. Cette nouvelle, jetée au public avec des détails piquants, rendue plus vraisemblable par les nombreux courriers échangés, disait-on, entre les cours de Vienne , de Saint-Pétersbourg et de Berlin , trouva mille échos dans les gazettes de l'Europe , et se propagea avec la rapidité de l'éclair. Et déjà l'on croyait voir s'élancer de la tour du Temple le fils des vieux Rois très-chrétiens ; annonçant au monde politique l'empire des Jagellons reconstruit, avec toutes les garanties de force et d'avenir, sur la base nouvelle de l'hérédité , et apportant aux peuples la pacification générale.

Ces bruits contradictoires qui mêlaient tantôt la Vendée, tantôt la Pologne , aux destinées du jeune Prince , étaient l'objet des conversations ; journellement apportés au Temple par les commissaires civils et la garde nationale de service, ils donnaient lieu aux plus étranges interprétations , aux opinions les plus diverses, parmi lesquelles figurait celle de l'évasion de l'orphelin royal de la tour. Un jour le commandant du poste demanda à voir le petit Capet. « La garde nationale jjarde le Temple, dit-il, et je veux savoir qui nous gardons. « Lasne, Gomin et le commissaire ignoraient quel intérêt cachaient les paroles de cet officier; ils n'accueillirent point sa réclamation : ils n'avaient point d'ordre pour le faire.

Une autre fois (le 6 prairial an III, lundi 25 mai 1795) , le sieur Huyot, entrepreneur de bâtiments, commissaire de ser-

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