‹ Louis XVIIChapitre 104 sur 206 · LIVRE XVIIi. — AGONIE ET MORt · texte numérisé non relu

LIVRE XVIIi. — AGONIE ET MORt

tait lui-même avec instance, auprès du comité de sûreté générale , la faveur de s^enfermer dans la tour avec Tenfant de son ancien maître ; mais Thomme qui avait la gloire d^étre nommé dans le testament royal ne put obtenir la consolation de fermer les yeux du fils du martyr. On repoussa sa demande sous prétexte que ses soins étaient inutiles , que M. Desault visitait l'enfant tous les jours et que les commissaires du Temple ne le quittaient pas.

Hélas ! que pouvait M. Desault , qui réclamait pour son malade un peu d'air sans pouvoir Tobtenir? que pouvaient les comiiiissaires , dont les mieux intentionnés , n'ayant que des fonctions d'un jour et se trouvant d'ailleurs condamnés à subir les injonctions des comités , n'avaient point qualité pour autoriser une mesure d'une utilité durable? — Je ne parle point des gardiens, c'étaient des gens honnêtes, assurément, maïs leur bon vouloir, leur zèle compatissant étaient à chaque , instant entravés par la crainte de devenir suspects et d'être incarcérés. — Quoique renouvelés tous les mois, les membres du comité de sûreté générale ne sortaient point des limites où s'étaient maintenus leurs devanciers , et adoptaient le système que Mathieu avait proclamé à la tribune de la Convention , de rester étrangers à toute idée d'améliorer la captivité des enfants de Capet,

Aussi ce stérile traitement, ordontté pour l'acquit de sa conscience par M. Desault, durait depuis quiniie jours sans amener un grand bien : les fdctions faisaient souvent plus d'effet sur la peau dés gardiens que sur celle du malade. Cependant une améliôratioti morale s'opérait dans l'esprit du royal enfant; il était sensible aii vif intérêt que lui montrait soti médecin , toujours assidu à venir le visiter chaque matin sur les neuf heures ; il semblait héui^eux dés soins qu^il liii apportait , et il finit par s'abaiidotmer à lui avec toute cohfiance. La reconnaissance lui délia la larigue : les brutalités et les outrages n'avaient pu lui arracher une plainte^ lés bons traitements lui rendirent la parole; il n'avait point eu de voix

pour maudire, il en eut une pour remercier. M. Desault prolongeait sa visite autant que ses occupations le lui permettaient, ou plutôt autant que les commissaires de la municipalité le toléraient. Lorsque ceux-ci annonçaient la fin de la visite, Tenfant, ne voulant pas s'adresser à eux pour la prolonger, retenait M. Desault par le pan de son habit. La sympathie secrète qui unissait le vieux médecin et le jeune malade se trahissait d'elle-même : celui-ci Texprimait assez par son regard, par ses gestes, par son obéissance; celui-là par ses soins, par ses prévenances et même par ses inquiétudes. Le prisonnier, sans doute, pensait à son médecin comme à un sauveur, et le médecin au prisonnier comme à un condamné. Deux fois, en sortant du Temple, le bon et sensible Desault fut oblige de rentrer chez lui , tant lui avait fait mal le spectacle douloureux de cet enfant abandonné qu'il ne pouvait soigner, qu'il ne pouvait guérir, et qui cependant semblait crier vers lui ! L'enfant l'appelait par ses vœux, le malade l'attirait par ses souffrances , et le vieillard , et le médecin , ne pouvait lui répondre que par ses larmes !

Le 10 prairial (29 mai), M. Desault vint à neuf heures comme de coutume; l'état du malade était le même : rien ne fut changé au traitement.

Le 11 prairial (30 mai), le sieur Breuillard, commissaire de service qui connaissait Desault, lui dit en redescendant l'escalier après la visite : « C'est un enfant perdu, n'est-ce pas? — Je le crains , mais il y a peut-être dans le monde des gens qui l'espèrent, » répondit M. Desault. Dernières paroles que le docteur ait prononcées dans la tour du Temple , et qui , bien que proférées à voix basse , ont été entendues de Gomin , qui marchait derrière Breuillard.

Le 12 prairial (31 mai), le commissaire de service, à son arrivée à neuf heures , dit qu'il attendrait le médecin dans la chambre même de l'enfant, où il se fit introduire. Ce commissaire était M. Bélanger, architecte , peintre et ancien dessina* teur du cabinet de Monsieur, demeurant Faubourg -Poisson-

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