‹ Louis XVIIChapitre 11 sur 206 · LIVRE \II. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE \II. — MORT DE LA REINE

tils , qu*elle ne pouvait pas embrasser une dernière fois , elle savait qu'elle le laissait entre les mains de Simon !

Le jour même , vendredi 2 août , où la Reine était écrouée à la Conciergerie, Chaumetle se souvint de Fenfant royal ; il lui fit envoyer des joujoux, parmi lesquels figurait une petite guillotine , semblable à celle que des bateleurs , autorisés par la police de ce temps , faisaient fonctionner dans les carrefours aux dépens de quelques pauvres petits oiseaux, comme répétition du grand drame sanguinaire qui se jouait aux dépens des bommes sur les places publiques. Cette façon d'outrager un ' nifant en lui donnant pour jouet Tinstrument du supplice de son père et de la mort que Ton préparait à sa mère était certes nouvelle ; elle avait pu sourire à quelque imagination révolutionnaire , mais il se rencontra ce jour-là au Temple des commissaires qui ne la trouvèrent pas de leur goût , et Tun d'eux jeta au feu ce sinistre joujou avant qu'il parvint à l'enfant. Ce jour-là parut aussi un décret de la Convention nationale qui mettait à la disposition du comité de salut public la somme de cinquante millions; puis un autre décret qui ordonnait aux directeurs des théâtres de Paris de faire représenter trois fois par semaine les tragédies de Brutus, de Guillaume Tell et de Caïiu Gracchus, représentations données gratuitement au peuple et payées par le trésor national'.

Barëre avait dit , après avoir énuméré dans un panégyrique enthousiaste toutes les journées sanglantes de la révolution :

* Voici le texte de ce décret :

■ Arr. 1"*. A compter da 4 de ce mois , et jusqu'au 1*' septembre prochaiii, seront reprëseotëes trois fois la semaine, sur les* théâtres de Paris qui seront désignés par la municipalité, les tragédies de Brutus, Guillaume Tell, Canu Gracehus, et autres pièces dramatiques qui retracent les heureux événement! de la révolution , et les vertus des défenseurs de la liberté ; l'une de cet représentations sera donnée chaque semaine aux frais de la République.

> ÂBT. 2. Tout théâtre sur lequel seraient représentées des pièces tendant à dépraver l'esprit public et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, sera fermé, et les directeurs arrêtés et punis suivant la rigueur des lois.

> ÂBT. 3. La municipalité de Paris est chargée de l'exécution du présent décret. »

u II faut que, le même jour, la République frappe TAngleterre, r Autriche , la Vendée , le Temple et les Bourbons. »

On voit que la mort de la Reine était déjà annoncée à la tribune publique , avant même que son procès fût entamé. Ce procès ne pouvait commencer encore; il fallait chercher une base à T échafaudage de cette procédure, et cette base fut trouvée. L'esprit pervers qui avait imaginé d'énerver et d'abrutir un enfant se complut et se fortifia en lut-m^me dans la pensée de faire de Fenfant le plus tendre l'accusateur de la plus digne mère, et d'employer ainsi l'anéantissement moral de l'un à. l'assassinat juridique de l'autre. Mais Simon avait encore des combats à livrer pour en arriver là.

Le mercredi 7 août 1793, la femme de Simon alla voir la tragédie de Brutus ^ et elle revint ivre d'enthousiasme. Elle rendit compte à sa manière et de l'intrigue de la pièce et du jeu des acteurs. Simon trouva un grand charme et se prit à sourire au feuilleton conjugal; mais, tout à coup, voyant que son élève détournait la tête d'un air indifférent et avec une intention apparente de ne pas écouter : « Sacré louveteau , s'écria-t-il avec colère, tu ne veux donc pas écouter la citoyenne, t'instruire et t' éclairer ! tu veux donc toujours rester un imbécile et un fils de tyran ! — Chacun a des parents qu'il doit honorer, » répondit l'enfant avec un calme angélique et un sentiment tout filial; mais cette douceur même fit bouillonner le sang du fougueux instituteur , qui , d'un revers de main et d'un coup de pied , envoya tomber à dix pas l'enfant chrétien coupable d'honorer son père, et une grêle de sarcasmes le poursuivit jusqu'au fond de l'appartement.

* Los gazettes et les affiches du jour annonçaient ainsi le spectacle :

Mercredi 7 août 1793.

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