‹ Louis XVIIChapitre 12 sur 206 · I LIVRE XII. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

I LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

Vers cette époque, le bruit courut qu*un général autrichien, le baron d^Alvensy, s' étant rendu à Leuze , où se trouvaient les troupes qui avaient suivi Dumouriez, leur avaient demandé si elles voalaient s'engager à remettre Louis XVII sur le trône; et que, sur leur réponse affirmative , il leur avait fait prêter serment it fidélité à l'Empereur. On conçoit la colère patriotique qu une telle nouvelle dut allumer dans la poitrine de Simon en présence du fils de V Autrichienne ; car Simon s'en prenait toujours à son pupille des mouvements de contre-révolution qui le préparaient à l'étranger ou qui éclataient sur différents points h territoire. Le mardi 6 août , Montbrison s'étant levé aux fris de Vive Louis XVII! trois ou quatre jours après, une voix lépondait à ce cri séditieux dans Tintérieur de la tour du Temple. (Femme, je te présente le roi de Montbrison, n disait le maître irec ironie» et en ôtant à F enfant son bonnet républicain, u Je n'en vais te Foindre, te le sacrer et te Tencenser; regarde. » Et il frottait rudement la tête et les oreilles à Tenfant, lui envoyait des bouffées de sa pipe à la figure , et le poussant vers Marie-Jeanne, il s'écriait : a Allons, femme, à ton tour, présente tes compliments à Sa Majesté ! >?

La Convention avait choisi l'anniversaire du 10 août pour proclamer la sanction donnée par le peuple à la nouvelle constitution de la république. Une fête solennelle , dont le peintre David était l'ordonnateur, fut célébrée, ce jour-là, à Paris, avec nne pompe qui rappelait les cérémonies de l'antiquité païenne. En signe de cette vieille alliance de l'agriculture et de la législation , que la Grèce ingénieuse avait allégorisée en faisant de Cérës la législatrice des sociétés, chaque membre de la Convention portait à la main un bouquet d'épis de blé et de fruits. L'assemblée régicide, précédée de la déclaration des- droits de l'homme et de l'acte constitutionnel, se transporta tout entière à cette fête, et, sur la place où le sang de Louis XVI avait coulé, et où le sang d'un grand nombre d'entre eux devait couler, elle écouta et chanta des hymnes à la liberté. Huit chelaux blancs, ornés de panaches rouges, traînaient dans un

char de triomphe chargé de guirlandes et de couronnes Turne. funèhre destinée à recevoir les cendres des citoyens morts pour'ije la cause de la France régénérée. Les parents, le front ceint dej^ fleurs, marchaient près du char triomphal, au son d^une j, musique guerrière et au milieu des nuages d^ encens qu^exhfr--^, laient de nombreuses cassolettes d'or. Les sociétés populaire i^ ouvraient la marche avec leurs bannières portant Temblème de ,, la vigilance ; puis venaient les assemblées primaires avec leur ^ pique, arme de la liberté contre les tyrans. Cinq fois, dansV. l'espace quMl devait parcourir de la place de la 'Bastille aa'p. Champ de Mars , le puissant cortège a fait une pause, et chaque-, station a présenté des monuments qui rappelaient les princî-* paux actes de la révolution. Vers le milieu de la longueur des j boulevards , on avait érigé aux héroïnes des 5 et 6 octobre 89 un arc de triomphe dont les quatre côtés rappelaient par des inscriptions ^ les résultats de cet événement. Ces femmes figuraient elles-mêmes au milieu des monuments de leur gloire, assises, comme au chemin de Versailles, sur les affûts de leurs canons. La marche s'est arrêtée devant elles; Hérault de Séchelles , président de la Convention ^, les a haranguées , leur a

' Voir XAlmanach historique de 1703, page 188.

' Lorsque, trop tard convertis, les Vergniaud, les Condorcet, les Geùsonnë, cherchaient à rappeler à l'ordre et aux lois une populace surexcitée par l'im* puuité de ses premiers excès, HërauH répondit froidement : « La force da peuple et la raison , c'est la même chose. • II appuya avec chaleur la catastrophe du 31 mai. Adjoint au comité de salut public, il rédigea ce code de nivellement et d'anarchie qu'on appela la Constitution de 1793. En mission dans le Haut-Rhin, il y organisa la terreur. Dénoncé, peu de temps après, comme ex-noble et aristocrate , il fut dénoncé par Couthon , Robespierre ne pensant pas que le moment de le perdre fût encore arrivé. Hérault se justifia à la tribune de la Convention , et offrit sa démission de membre du comité de salut public, qui ne fut pas acceptée. Robespierre pendant deux mois se joua de lui; mais le 19 mars 1794, il le fit jeter dans la maison d'arrêt du Luxembourg, sous un misérable prétexte, et l'enveloppa ensuite comme par hasard dans la conjuration de Danton , de Camille Desmouiins , etc. , avec lesquels il fut condamné à mort. Il mourut avec un grand courage. Descendu de la charrette , il s'approcha de Danton pour lui donner un dernier adieu : « Montez donc . lui dit le farouche tribun » nos têtes auront le temps de se baiser dans le panier, a

Page 1