‹ Louis XVIIChapitre 111 sur 206 · LIVRE XVllI. — AGOME ET MORT · texte numérisé non relu

LIVRE XVllI. — AGOME ET MORT

dien ne voulant pas détruire cette douce et* suprême illusion , se prit à écouter aussi avec le pieux désir d'entendre ce qui ne pouvait être entendu.

Après quelques instants d'attention , Fenfant tressaillit de nouveau , ses yeux étincelèrent , et il s'écria dans un transport indicible : » Au milieu de toutes les voix, j'ai reconnu celle de ma mère ! »

Ce nom tombé des lèvres de l'orphelin semblait lui enlever toute douleur. Son regard s'éclaira de ce rayonnement serein que donne la certitude de la délivrance ou de la victoire. Captivé par un spectacle invisible, l'oreille ouverte au bruit lointain d'un de ces concerts que l'oreille humaine n'a pas entendus, il sentait éclore dans sa jeune âme toute une existence nouvelle.

Un instant après, l'éclat de ce regard s'était éteint, et un froid découragement était empreint sur son visage. Gomin suivait d'un œil inquiet tous les mouvements du malade. Sa respiration n'était pas plus pénible, seulement sa prunelle errait lentement et distraite , ramenant de temps en temps un regard vers la fenêtre... Gomin lui demanda ce qui l'occupait de ce côté. L'enfant regarda son gardien quelques instants, et, bien que la même question lui eût été faite de nouveau , il ne parut pas l'avoir comprise et il n'y répondit point.

Lasne remontait pour remplacer Gomin : celui-ci sortit le cœur serré , mais non pas plus inquiet que la veille ; car il ne prévoyait pas encore une fin prochaine. Lasne s'assit auprès du lit; le Prince le regarda longtemps d'un œil fixe et rêveur. Comme il fit un léger mouvement, Lasne lui demanda comment il se trouvait et ce qu'il désirait. L'enfant lui dit : « Crois-tu que ma sœur ait pu entendre la musique? Comme cela lui au-^ rait fait du bien ! » Lasne ne put répondre. Le regard plein d'angoisse du mourant s'élançait perçant et avide vers la fenêtre. Une exclamation de bonheur s'échappa de ses lèvres; puis, regardant son gardien : u J^ai une chose à te dire.... » Lasne lui prit la main; la petite tête du prisonnier se pencha

TOUK II. \Q

sur la poitrine du gardien ^ qui écouta, mais en vain. Tout était dit. Dieu avait épargné au jeune martp Theure du dernier râle; Dieu avait gardé pour lui seul la confidence de sa dernière pensée. Lasne mit la main sur le cœur de Fenfant : le cœur de Louis XVII avait cessé de battre. Il était deux heures et un quart après midi.

Gomin et Damont, commissaire de service', prévenus par Lasne, montèrent immédiatement dans la chambre funèbre. On enleva de celle chambre provisoire le pauvre petit cadavre et on le transporta dans celle où depuis deux ans il n^ avait cessé de souffrir. Il fallait que de ce royal appartement d'où le père était parti pour Téchafaud, le ûls partît pour le cimetière. On arrangea les dépouilles de celui-ci sur son lit de mort^ et on ouvrit les portes de F appartement, portes fermées depuis que la révolution s^était emparée d^un enfant plein de force, de grâce, de vie et de santé !

Cachant sous une froide contenance Témotion qu^l ressentait , Gomin se rendit au comité de sûreté générale ; il y vit M. Gauthier, un de ses membres, qui lui dit : « Vous avez bien fait de vous charger vous-même et promptement de ce message ; mais, malgré votre diligence, il arrive trop tard : la séance est levée. Le rapport n'en peut être fait aujourd'hui à la Convention nationale. Gardez la nouvelle secrète jusqu'à demain et jusqu'à ce que j'aie pria des mesures convenables. Je vais envoyer au Temple M. Bourguignon , l'un des secrétaires du comité de sûreté générale, pour s'assurer lui-même de la vérité de votre déclaration. )i

M« Bourguignon effectivement suivit de frhé Gomin à 1^ tour : il constata l'événement, renouvela la recommandatidtt de garder le secret et de continuer le service comme à l'or» dinaire.

A huit heures du soir, on avait , comme de coutume , préparé le souper du petit Capet. Caron l'avait apporté, et Gomin feignit de le monter lui-même. Mais il monta sans le souper,

I Demeurant rue da Faubourg* Martin , û9 âl7, section du Nord.

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