‹ Louis XVIIChapitre 112 sur 206 · LIVRE \VII1. — AG0.\'1E ET MORT · texte numérisé non relu

LIVRE \VII1. — AG0.\'1E ET MORT

seul en proie à la plus profonde affliction. Cette affliction, contenue pendant cinq heures devant le public, se fit jour enfin par des larmes quand il se trouva seul en présence du corps inanimé de Louis XVII. Jamais ce spectacle ne s^effaça de sa mémoire ; il y vivait encore quand je connus ce bon vieillard dans les dernières années de sa vie. Il me disait à quatre-vingts ans : « J'ai eu le courage de remonter T escalier et de rentrer dans la chambre. Après avoir refermé la porte derrière moi et m' être assuré que j'étais seul , j'ai soulevé le linceul : pauvre enfant ! vous n'auriez pas cru qu'il était mort ; son visage avait pris un air tranquille, presque content; ses yeux s'étaient rouverts; on eut dit qu'ils nous regardaient encore.

n Le voilà donc en repos après tant de misères ! Pourquoi n'ai-je point passé avec lui plus d'heures dans sa prison? Il me semble que j'ai eu tort de n'avoir pas eu plus de courage.

n Une heure s'écoula pendant laquelle, haletant, les yeux fixes, sans voix, je demeurai près de ses dépouilles. Cette heure^ là devait avoir une grande influence sur toute ma vie. Une voix avait parlé en mon cœur, à laquelle j'avais promis d'être bon* nête homme.

i) Je suffoquais.... Je songeai à monter sur la plate-formé pour respirer* Je voulus franchir deux à deux les degrés de Tescalier; je ne pus. Je n'avais cependant plus à moii bras lé malade que j'y traînais les jours précédents ; mais mes forces étaient brisées. Que cette terrasse mé partit large ce soir-là! J'approchai du petit bassiii; l'eau était tarie et les oiseaux s'étaient envolés.

» Me croirez-vous, monsieur, si je vous dis que je m'avisai, là , je ne sais comment , de penser aux oiseaux qu'on fait envoler de l'église de Reims pendant le sacre des rois? Je me dis donc que c'étaient là aussi les oiseaux d'un sacre , et que l'enfant venait d'être couronné ! »

Le 21 prairial (9 juin), à huit heures du matin, quatre membres du comité de sûreté générale vinrent à la tour pour vérifier le décès du Prince. Introduits dans la chambre funèbre par

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Lasne et Damont, ils affectèrent la plus grande indifférence : u L'événement (répétèrent-ils plusieurs fois) n*a aucune importance ; le commissaire de police de la section viendra recevoir la déclaration du décès ; il le constatera et procédera à Finhuniation sans aucune cérémonie. Le comité va donner des ordres en conséquence. «

Comme ils se retiraient, quelques officiers de la garde du Temple demandèrent à être admis à voir les restes du petit Cupet. Damont ayant fait observer que le poste ne laisserait point sortir la bière sans exiger Touverture , les députés décidèrent qu'à midi les officiers et sous-officiers de la garde descendante et de la garde montante seraient tous invités à venir constater la mort de F enfant.

Le citoyen Darlot , commissaire civil ' qui devait relever le citoyen Damont, arriva bientôt pour prendre son service : il fut suivi des sieurs Bigot et Bouquet, ses collègues, qui ne devaient remplir leur rôle de commissaires que les jours suivants, et qui avaient été convoqués extraordinairement ; leur camarade Damont , maintenu de service à la tour par ordre du 20 prai*rial (8 juin), ne se retira point à leur arrivée : il resta présent à la visite qu'il avait provoquée ; et ayant réuni tous les officiers et sous-officiers du poste dans la chambre où le corps était exposé , il leur demanda s'ils reconnaissaient ce corps pour être celui de Fex-Dauphin , fils du dernier Roi des Français. Tous ceux qui avaient vu le jeune Prince aux Tuileries ou au Temple, et c'était le plus grand nombre , attestèrent que c'était bien le corps du fils de Louis XVI. Descendu dans là chambre du conseil , Darlot y rédigea le procès-verbal de cette attestation , qui fut signé d'une vingtaine de personnes. Dans ce nombre figurent les citoyens :

Bourgeois, commandant, de la section de la Fidélité;

Lucas, adjudant, idem;

Ratreaux, capitaine, idem;

Séguin, lieutenant, des Droits de Fhomme;

* Rue Michel-Pelii«r, n* 235, section du Temple.

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