‹ Louis XVIIChapitre 116 sur 206 · LIVRE XVIII. — AGONIE fif MORT · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — AGONIE fif MORT

Une seule personne ne la sut pas , et c^ était dans Fintérieur de la tour ; il était réservé à Madame Royale d'apprendre en même temps la mort de sa mère , de sa tante et de son frère ! Celui-ci gisait inanimé à deux pas d'elle, dans la chambre même au-dessous de la sienne, et sa sœur l'ignorait !

A huit heures du soir, Gomin, qui depuis la veille au matin n'avait point vu la Princesse, entra chez elle avec Darlot et avec Caron portant le souper. Madame , comme toujours , était assise sur le canapé adossé à la fenêtre ; elle écrivait, elle avait un livre ouvert sous les yeux ; ce livre , c'était un volume du théâtre de Voltaire , et ce qu'elle copiait , c'était la tragédie de Zaïre, Je possède les deux premiers actes de cette tragédie écrits , sous les verrous du Temple , de la main de la jeune

à lui communiquer avec empressement la peine que je ressens , et à lui notifier mon avènement à un trône ensanglanté par les malheurs de ma famille et que j'espère relever avec l'aide de Dieu et de mes puissants alliés.

> Je suis , Monsieur mon frère , cousin et beau-père ,

a De Votre Majesté a le bon frère , cousin et gendre , a Louis, a A Vérone, le 24 juin 1795.

» Pour le Roy, « le baron de Flaghblandbn. *

Minute de la réponse du Roi h la lettre confidentielle de Monsieur sur son 9Téqement au trône de France par la mort de Louis XVII :

■ Le 25 juin 1795.

a Mon très-cher Fils ,

> J'ai reçu par le comte de Vintimille hier les deux lettres que vous m'avez écrites pour me participer le triste événement de la mort de l'infortuné Louis XVII , votre neveu , et votre avènement à la couronne de vos pères. Je m'empresse de répondre ici avec la confidence ordinaire à celle de votre main , où , dans la qualité d'un fils que je chéris et chérirai toujours bien cordialement, vous m'annoncez vos intentions et vos désirs à l'^lptrd de ma chère fille votre épouse.

a En approuvant sur ce point vos idées, je suis très-charmé de pouvoir, en les secondant, vous donner à tous les deux un témoignage de ma tendresse et de ma sincère amitié. Je la verrai avec plaisir rester auprès de moi, continuant sous le même titre d'être traitée comme mes autres en&nts, ainsi que vous le désirez.

> Quant à l'autre lettre de cérémonie, si je pouvais ne suivre que les im-

Marie-Thérèse. Comment lire sans émotion ces vers retracés par une pareille main , dans un tel lieu et dans un jour se m* blable?

Ma JiUe , tendre objet de mes dernières peines , Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines; C'est le sang de vingt rois , tous chrétiens comme moi , C'est le sang des martyrs!

Madame n^ adressa point la parole aux commissaires, dont la tenue en apparence froide et réservée ne trahissait aucune émotion; pour plus de sûreté, le bon Gomin, ce jour-là, avait évité de rencontrer ses regards.

Le 22 prairial (mercredi 10 juin), à six heures du soir, le citoyen Dusser, commissaire de police, accompagné des citoyens Arnoult et Goddet, commissaires civils de la section du Temple, se présenta à la tour pour procéder, conformément à un arrêté du comité de sûreté générale, à la constatation du décès du petit Gapet et à Tinhumation de ses restes. Ils montèrent avec les gardiens au second étage de la tour. Un rayon de soleil

pulsions de mon cœur et de mes principes , je ne diffërerais pas un instant d'y répondre, comme le Roi de Sardaigne devrait 1k faire au Roi de France, dont la qualité est si légitimement passée à votre personne; mais vous comprendrez tout comme moi que dans votre position et la mienne, sans risque de nous compromettre tous les deux, je 'ne puis ni ne dois me prononcer ouvertement sur cet objet avant que d'être instruit des intentions des principales puissances avec lesquelles je suis allié pour une cause qui est aussi la vôtre.

» Vous agréerez donc, mon très-cher Fils, que je me réserve à ni'expiiquer en forme par écrit, lorsque les éclaircissements que j'attends là-dessus me seront parvenus. Je me suis au reste empressé de permettre, comme vous le souhaitez, à M. de Précy, de se rendre auprès de vous, pour les motifs que vous m'indiquez, et si vous avez quelques projets où je puisse vous secoi^r, vous aurez un canal sûr par son retour à me les faire communiquer.

» Soyez enfin persuadé, mon très-cher Fils, de mon vif intérêt pour tout ce qui regarde votre personne et le bien du royaume où la divine Providence vient de vous appeler. Mes sentiments pour vous ne peuvent changer, non plus que la sincérité de l'attachement et de la tendresse paternelle avec laquelle je vous embrasse du plus profond de mon cœur. »

(Archives du royaume de Sardaigne.)

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